Mes blues passent pu dans'porte figure sur Traversion, un des plus grands albums d'Offenbach, paru en 1978.

La petite histoire de Mes blues passent pu dans'porte 

«La phrase Mes blues passent pu dans'porte m'est arrivée telle quelle comme un cadeau entre les deux oreilles. Je roulais en voiture en plein hiver et je me suis retourné vers ma fiancée pour la lui dire. Sans être prétentieux, je savais que j'avais une phrase en or. Il me restait juste à écrire les 30 autres lignes», raconte en rigolant le parolier Pierre Huet, auteur de quelques-uns des plus importants textes de la chanson québécoise (principalement pour Beau Dommage et Offenbach).
Pierre Huet ne croupissait pourtant pas au fond du proverbial baril au moment d'écrire cette grande chanson de la solitude forcenée et de l'incurable spleen. Les quelques clins d'oeil comiques («J'devrais appeler chez drogues-secours / On sait jamais p't'être ben qu'y livrent») trahissent un auteur auscultant a posteriori, un sourire aux lèvres, son propre désespoir passé.«La phrase "J'ai besoin d'quelque chose d'immoral / De quelque chose d'illégal pour survivre", c'est ma version d'une vieille blague d'un comic américain des années 40 qui disait "Tout ce que j'aime dans la vie est illégal, immoral ou engraissant." Mes blues passent pu dans' porte, je l'ai écrite dans un chalet des Laurentides en buvant une limonade au soleil. Même si je ne me compare pas à lui, je répète souvent que Brel n'a pas écrit Ne me quitte pas le soir où la fille est partie. Ce que je veux dire, c'est que c'est impossible d'écrire dans un état second, que cet état second-là soit dû à l'alcool ou à une peine d'amour.»
Mes blues passent pu dans' porte sous le bras, Pierre Huet se présente chez un Gerry Boulet à la recherche de textes pour une audition. Le rugissant leader d'Offenbach habillera rapidement les mots de Huet d'une musique à la fois mélancolique et sexy écrite à quatre mains avec le bassiste Breen LeBoeuf.
«Breen avait un deal avec Gerry: il devait pouvoir chanter au moins une chanson par album. Gerry lui a donné celle-là parce qu'ils avaient écrit la musique ensemble, mais aussi parce que Gerry y croyait plus ou moins.» Gerry sélectionne Je chante comme un coyote comme face A du premier 45 tours tiré de l'album Traversion (1978). Les radios y préféreront rapidement la face B...Mes blues passent pu dans'porte! «Gerry était en beau maudit. Il a dû regretter de l'avoir donné à Breen, mais comme il avait cocomposé la musique, il a regretté all the way to the bank, disons.»
Mes blues passent pu dans'porte est aujourd'hui au rock québécois ce que Hallelujah de Leonard Cohen est à la pop internationale: une chanson caméléon, capable de revêtir les couleurs de l'âme et du drame personnel de son interprète. Céline Dion, Alys Robi, Pierre Bertrand, Mario Saint-Amand, Sylvie Legault et France Castel en ont tous offert leur propre version sur scène ou sur disque.
La plus récente en date: celle de Geneviève Breton, victime de la tragédie de Lac-Mégantic qui, grâce aux troublants pouvoirs de la technologie, chante par-delà la mort un duo virtuel avec Breen LeBoeuf.