La patinoire de l'acceptable

Michel Murray, c'est Michel Murray. Ce syndicaliste fort en gueule ne fait jamais dans la dentelle.
Ses déclarations tapageuses et parfois belliqueuses sont l'expression, dit-il, de son tempérament de guerrier. Il m'a répété encore hier que les élus sherbrookois sont des « traîneux de pieds » dans le dossier des caisses de retraite, dont ils se plaignent pourtant si souvent.
Si la provocation est tolérable au jeu viril de la négociation, la calomnie expose aux réprimandes et même aux sanctions.
Avec le chèque de 30 000 $ que le Syndicat canadien de la fonction publique accepte de verser à l'Université de Sherbrooke, en règlement d'une poursuite en diffamation, vient l'admission de M. Murray qu'il est allé trop loin en qualifiant des cadres de l'institution de « crapules » au terme du rude conflit de travail de l'automne 2011.
« C'est une reconnaissance que je me suis planté, que je suis sorti de la patinoire du respectable. J'aurais pu utiliser une multitude d'autres mots qui n'auraient pas été matière à poursuite. Celui-là l'était. »
« Sur la forme, j'ai erré. Sur le fond, je demeure toujours aussi scandalisé que des cadres aient empoché 30 000 $, 50 000 $ et jusqu'à 70 000 $ en temps supplémentaire pendant que leurs salariés étaient dans la rue », réagit le syndicaliste à la suite de l'annonce du règlement hors cour intervenu avant le procès qui devait débuter la semaine prochaine.
Sans être allé aussi loin dans ses aveux, M. Murray avait présenté ses excuses aux cadres concernés, en juin 2012, après avoir essuyé les reproches de l'Université pour ses propos jugés « injurieux et calomnieux ».
Le repentir du syndicaliste représentant les employés de soutien de l'UdeS n'avait pas dissuadé la direction de l'institution de déposer une poursuite civile de 335 000 $ en dommages et intérêts.
« Ce règlement me passe un message sur le choix des mots. Pour le reste, je vais demeurer exactement le même. Je vais continuer à défendre les travailleurs comme je l'ai toujours fait. Y'a pas un employeur qui, par une poursuite, va me rendre piteux et me mettre une muselière. Je vais arrêter de travailler avant d'accepter ça.
« Si un syndiqué s'était mis autant d'argent dans les poches en seulement quatre mois, la tempête médiatique aurait duré deux semaines. Tout le Québec saurait son nom, son prénom et même son surnom » compare Michel Murray.
Constater, s'indigner et dénoncer respectent nos conventions démocratiques. Insulter en prêtant des intentions malicieuses, non.
Comment pensez-vous que la FTQ et son shérif de chantier de la Côte-Nord, Rambo Gauthier, auraient réagi si le président de la firme Couillard Construction, Marcel Pouliot, avait utilisé ce qualificatif offensant à l'égard des travailleurs formant « le 20 pour cent moins productif » lors de son témoignage à la Commission Charbonneau, la semaine dernière?
La mise en demeure serait partie la journée même!
M. Pouliot se serait seulement permis d'utiliser l'expression « traîneux de pieds » que les chefs syndicaux auraient rugis et se seraient ligués pour exiger des excuses.
Le « général Murray » aurait-il été seul dans son coin à reprocher à ses patrons d'être trop susceptibles?
Au hockey, les règlements sont identiques pour les deux équipes qui s'affrontent. Pourquoi en serait-il autrement sur la « patinoire de l'acceptable »?
Le viril syndicaliste Murray s'en tire à bon compte pour ce coup par-derrière. Il a cependant admis l'erreur, qui découle d'un contexte tendu. Des facteurs atténuants qui laissent supposer que sa réaction excessive fut plus impulsive que malveillante.