Francine Ruest Jutras

La mairesse rassembleuse

Lorsque interrogée sur la recette qui lui a permis de transformer une Drummondville moribonde en une municipalité prospère, la mairesse sortante, Francine Ruest Jutras, a beaucoup de difficulté à mettre le doigt sur les bons ingrédients. Selon elle, la ville avait déjà tous les atouts pour réussir, il ne manquait qu'à mettre les efforts de ses artisans en commun.
«Je crois que c'est une succession de plusieurs événements qui a fait en sorte que le vent a fini par tourner. Je crois que ce que j'ai fait, c'est d'amener les gens à travailler ensemble, que tous partagent la même vision de développement. Les conseils municipaux précédents étaient plutôt polarisés, les positions étaient campées», a indiqué celle qui vient de mettre un terme à sa carrière en politique municipale après 30 ans de service.
Mme Ruest Jutras a amorcé son parcours politique au cours de sa jeunesse, faisant partie de l'Association étudiante du Collège Marie-de-la-Présentation, puis de l'Association des étudiants de Drummondville, où elle a rencontré l'homme de sa vie. Elle a ensuite milité pour le Parti québécois, ce qui l'a amenée à travailler avec René Lévesque, une personne qui a eu une forte influence sur la mairesse drummondvilloise.
«C'était un vulgarisateur, quelqu'un qui avait une façon de présenter les enjeux et de les rendre très accessibles. C'était quelqu'un d'une très grande intelligence. Ç'a été enrichissant de pouvoir le côtoyer», a-t-elle raconté.
Si elle a d'abord été passionnée par la politique provinciale, c'est une collaboration au comité consultatif visant à établir les MRC qui a rapproché la mairesse du monde municipal. Elle s'est aperçue que les décisions prises par les élus municipaux avaient un impact beaucoup plus direct sur la qualité de vie des gens.
Constatant que la ville qu'elle aimait tant était la cible de sarcasmes, et même jugée comme étant «à l'agonie» par L'actualité, elle est devenue, en 1983, la première femme à se présenter au conseil municipal. Même si elle affrontait un conseiller sortant que l'on disait indélogeable, elle a été élue par une vaste majorité.
«Les femmes en politique étaient encore rares, ce n'était pas comme aujourd'hui. Il y a bien quelques personnes qui m'ont fait des commentaires désobligeants, il y en a qui trouvaient que mes enfants étaient encore jeunes. En général, les gens voyaient ça d'un bon oeil», a-t-elle affirmé.
Quatre ans plus tard, après un mandat marqué par les conflits interpersonnels, Francine Ruest Jutras se présente contre le maire sortant et devient la première mairesse de Drummondville. Elle prend soin de favoriser rapidement l'unité au conseil de ville et amorce son travail de développement.
Des réalisations à la tonne
Une fois le conseil municipal sur la même longueur d'onde, les projets se sont multipliés et les Drummondvillois ont gagné en fierté. Les entreprises de l'extérieur et les entrepreneurs de la région ont alors profité du climat favorable pour s'installer dans une localité à la situation géographique avantageuse.
Ces investissements, combinés à une saine gestion des deniers publics, ont permis à Drummondville de se développer et de devenir l'une des municipalités les plus prometteuses du Québec. Les réalisations annoncées au cours des derniers mois en sont un exemple. De toutes les constructions prévues, c'est celle du campus universitaire qui aura le plus d'impact sur le futur, selon Mme Ruest Jutras. Elle aimerait d'ailleurs qu'on se souvienne d'elle pour cette réalisation en particulier.
«Il y a eu beaucoup de projets marquants au cours de mon mandat. On n'a qu'à penser à la Maison des arts, au Centre de foires et à la bibliothèque. J'aimerais toutefois que les gens disent que j'ai fait ce qu'il fallait pour que le dossier de campus universitaire se réalise. Être capable de dire que nous sommes une ville universitaire, ça va nous amener beaucoup. À tous les égards», a-t-elle dit.
Même si elle est à la retraite, Mme Ruest Jutras est toujours impliquée au sein des fêtes du 200e de Drummondville, de l'Université du Québec à Trois-Rivières et de la Fondation Rues principales. Elle reçoit également de nombreuses demandes afin de donner des conférences en matière de développement économique et de condition féminine.
Malgré toutes ces sollicitations, elle est actuellement à cheval entre le Québec et la Floride et profite de l'allégement de ses tâches pour passer plus de temps avec famille et amis. Elle entend également bientôt renouer avec sa passion pour le piano.
«J'essaie de me donner un temps de repos. Les dernières années ont été particulièrement bien remplies. Je me permets un petit retour aux sources», a-t-elle conclu.