La forêt de la luxure est un lieu de rencontre pour plusieurs hommes homosexuels en quête de plaisir. Son entrée se situe tout près du parc à chiens du parc du Barrage.

«La forêt de la luxure» au parc du Barrage

Le boisé du parc du Barrage est tracé de sentiers étroits dont le sol est jonché de condoms, d'emballages et de mouchoirs. Dans la forêt, quelques hommes errent lentement, s'observent les uns les autres.
<p>Les mouchoirs, les condoms et les emballages sont chose commune dans les sentiers de la forêt de la luxure.</p>
Une excursion de La Tribune a permis de confirmer que le parc du Barrage constitue encore le repaire d'hommes homosexuels en quête de plaisir. « La forêt de la luxure », surnomme-t-on le parc.
Préalable à tout ébat, un travail de repérage. Ils flânent, se regardent, se croisent et un coup d'oeil suffit pour valider que les deux se trouvent dans les bois pour la même raison. Suivent les formalités : ici ou ailleurs?
« Certains ne se gênent pas et le font directement dans les bois. Oui, la plupart viennent pour ça, mais fais attention et ramasse tes mouchoirs par terre », dit Dominic (nom fictif).
Ce dernier fait partie des cinq hommes vus sur place. Il a accepté de nous donner une entrevue en connaissance de cause et de nous expliquer son histoire.
« Quand tu regardes un film pour adultes, tu réalises que ce qui t'attire le plus ce n'est pas toujours les filles. Je me suis dit non, j'avais une femme et des enfants. Sauf qu'un jour, je marchais, parce que je venais souvent ici, et j'ai réalisé que les gars ne venaient pas juste pour marcher... Ça m'a tenté. »
Dominic a la bague au doigt depuis une quarantaine d'années, il a des enfants et une carrière honorable, sauf qu'il n'était pas entièrement satisfait de sa situation.
« Cette partie de moi a toujours été là. Dans ta tête tu le sais, ça travaille. Je me suis décidé d'essayer et je suis resté surpris. Au début tu t'accroches et tu ne veux pas, tu t'en vas. Mais c'est un peu comme les drogues, tu restes accroché, tu essaies d'arrêter, mais c'est comme quand tu es en manque de n'importe quoi. »
Son histoire s'apparente à celle de plusieurs. Selon lui, 50 % des hommes qui fréquentent la forêt de la luxure sont mariés.
« Ça va bien dans ma famille, je n'ai pas le goût d'aller vivre avec un gars non plus. C'est juste un petit désir, qui a pris des années avant de se concrétiser. J'aimerais trouver quelqu'un de plus stable, qui est dans la même situation que moi, mais il n'y en a pas ici. »
« Ce n'est pas dérangé, c'est de la sexualité. »
Dominic a reçu un constat d'infraction par le passé, en sortant du bois. Il déplore que les endroits publics représentent la seule alternative pour les individus dans sa situation.
« Avant, tu pouvais aller au centre-ville, il y avait une place. Au moins tu étais tranquille et tu savais que personne ne t'achalerait là. Il n'y a plus aucune place à Sherbrooke, il faut que tu ailles à Montréal ou à Québec. Le boisé ici ou le parc Victoria, c'est les seuls endroits. Idéalement, ce serait d'avoir des places réglementées, tu vas là, tu paies et tu as la tête tranquille. Penses-tu qu'un homme marié comme moi courrait le risque de venir ici après? », suggère Dominic.
D'ici là, la bataille se poursuit, les hommes continuent de fréquenter les bois pour satisfaire leurs désirs alors que les policiers sévissent.