Katy St-Laurent

KSL en piste

Elle arrive en courant en bottes de pluie rouille, un enfant dans les bras, une autre qui la précède à cloche-pied. Après avoir ouvert les lumières, sorti les crayons de couleur, mis une plante hors d'atteinte de bébé, elle s'assoit, se relève pour ramasser une balle, se rassoit, allaite, se relève, appelle son conjoint, se rassoit, consulte son téléphone. Sourit.
Katy St-Laurent déplace de l'air. En entrevue à sa boutique de Bromont, on a l'impression pendant une heure d'être aspiré dans un tourbillon.
Il faut croire que quand on est cycliste, on n'atteint jamais ses objectifs sans créer un corridor de vent derrière soi.
À 12 ans, Katy Saint-Laurent caressait trois rêves : atteindre un haut niveau de compétition en sport, créer sa collection de vêtements et animer son émission de télévision. Plus de vingt ans plus tard, elle a presque atteint le fil d'arrivée.
À 23 ans, un an après avoir commencé l'entraînement, cette Rimouskoise d'origine devenait championne canadienne de vélo. En 2006, elle lançait la griffe de mode sportive KSL, avec son amoureux, le Sherbrookois Yann D'Amboise. Elle n'a pas encore un talk-show qui porte son nom, mais la semaine dernière, elle laissait une franche impression à Dans l'oeil du dragon. Après qu'elle eut supplié Danièle Henkel d'investir 60 000 $ dans sa compagnie, qui se rivait à une pente abrupte après un arrêt de production forcé, la multimillionnaire a accepté en échange de 45 % des parts dans l'entreprise.
Pendant la semaine de la diffusion, KSL a enregistré plus de ventes que depuis janvier. Elle avait besoin d'un élan, elle a reçu une vigoureuse poussée dans le dos.
« Il y a beaucoup de portes qui se sont ouvertes. Au Québec, on dit souvent qu'on a peur de l'argent, peur de la richesse. Mais on n'a pas peur de l'entraide. Une dame m'a offert ses modèles pour enfants. Moutain Equipement Coop à Vancouver a demandé à voir ma collection. Tout le monde veut aider. »
Coquetterie sportive
Quand elle a commencé à actionner des pédaliers, Katy St-Laurent a vite été déçue par le choix de maillots, trop drabe pour elle. N'étant jamais mieux servie que par elle-même, elle a commencé à créer des manchettes funky pour les compétitions. «En peu de temps, les filles en portaient toutes sur le circuit! J'ai donc étendu la collection, se rappelle-t-elle. Je voulais amener la mode dans le sport. Je n'avais pas envie d'être toujours habillée en professionnelle, avec mes commanditaires brodés sur le chandail. Je voulais que la sportive, qui n'est pas toujours à l'aise en cuissards, puisse débarquer de son vélo pour aller faire l'épicerie et se sentir coquette. »
Tous confectionnés à Granby, ses vêtements ont la particularité de pouvoir se transformer. Jusqu'à 40 fois, selon le modèle. Une camisole d'entraînement devient, grâce à des boutons-pression, une jolie robe ajustée. La jupe, un bustier. Tous dans des tissus élastiques (nylon supplex, élasthanne, bambou...), ses vêtements se tiennent dans le peloton des couleurs gaies et des imprimés pimpants. Dans trois semaines, une série plus classique, dans le gris et le noir, sera toutefois lancée pour les femmes qui n'osent pas encore transpirer dans des teintes de bonbons.
Doublant son chiffre d'affaires chaque année, KSL aimerait maintenant ajouter quelques boutiques et détaillants à son circuit actuel, avant de percer le marché américain. « Mon objectif est que KSL soit connu partout. Et que mon message aussi soit connu. Celui qu'il est possible de réaliser ses rêves. »
Quitte à déplacer un peu d'air...
KSL
89, boulevard Bromont Bromont
En ligne : www.kslsport.com