Pierre Bolduc

Jugement des Rédemptoristes: les victimes veulent aller jusqu'au bout

Motivées dans leur démarche par la décision du juge Claude Bouchard dans le dossier des Rédemptoristes, des victimes d'agressions sexuelles d'un ex-curé de la région de Thetford Mines ont la ferme intention d'aller jusqu'au bout dans le dossier qui les concerne.
« C'est une victoire historique. C'est la première fois qu'un recours collectif est exercé contre l'Église catholique romaine. Le juge a cru les victimes, il a reconnu qu'elles avaient été agressées, qu'il y avait eu connivence. Il a blâmé les prêtres sur toute la ligne. Il n'a mis aucun bémol », se réjouit Pierre Bolduc, l'une des quatre victimes de ce curé qui a mis fin à ses jours dans le chalet même où il avait amené quelques-unes d'entre elles.
En raison du nombre élevé de victimes, soit 70 au moins, le juge Bouchard a fait fi du délai de prescription. Incidemment, tout repose sur ce délai de prescription. « Il faut abolir cette loi immorale et archaïque au sein de la société québécoise d'aujourd'hui », estime Pierre Bolduc.
L'abolition du délai de prescription qui n'existe que dans une seule province canadienne, le Québec, demeure la priorité numéro un du groupe. « Tu ne peux pas gagner contre quelqu'un qui ne renonce jamais. On ne renoncera jamais », affirme M. Bolduc, reconnaissant qu'il s'agit d'une lutte à la David contre Goliath.
Pierre Bolduc et Roger Lessard, recherchiste et conseiller du groupe thetfordois, estiment que la décision du juge Bouchard pourrait inciter d'autres victimes à sortir de l'ombre, lui qui a mis 43 ans à le faire en raison de la honte et de la culpabilité éprouvées.
Il met beaucoup d'espoir également en l'action de la ministre Stéphanie Vallée qui ne se prononcera pas avant d'avoir lu la décision du juge Claude Bouchard.
Si de tels abus sexuels sur des enfants finissaient par être reconnus comme étant de la torture, le délai de prescription ne pourrait s'appliquer, la torture étant imprescriptible.
« Quel prix valent une enfance, une adolescence et un début de vie adulte gâchés? Il n'y a pas un père de famille qui accepterait 1 million $ pour prêter son enfant pendant un mois dans une telle situation », répond-il aux gens qui accusent les victimes de vouloir profiter financièrement de la situation.
Les victimes thetfordoises de prêtre en appellent toujours au boycott des dons ou contributions en argent à l'Église catholique romaine. « Mgr Lacroix se cache derrière le délai de prescription et, contrairement à ce qu'il dit, les dons des fidèles servent à défrayer les honoraires des avocats pour les prêtres en cause. À la ligne 4860 de la déclaration à l'Agence de revenu du Canada figure un montant de 121 514 $ pour les honoraires de consultants, qui n'apparaissait pas lors des années antérieures », affirme Roger Lessard, porte-parole du groupe.
Finalement, Pierre Bolduc tente toujours sans succès de rencontrer Mgr Cyprien Lacroix. « La paix soit avec vous! », répond le Prélat qui s'en remet au Protocole diocésain. « Comment vivre en paix après cela! », de lancer Pierre Bolduc.