J'me peux plus de Dennis Chambers

Les batteurs deviennent rarement des vedettes comme leurs homologues chanteurs ou guitaristes. Confinés à l'arrière-scène derrière le reste de leur groupe, ils sont plus souvent qu'autrement condamnés, tel Ringo Starr, à figurer tout au bas de la hiérarchie de leur formation, aussi célèbre soit-elle. Leur instrument ne manque pourtant pas de style. Quel jeune garçon n'a pas rêvé de rendre ses parents fous à grands coups de bass drum?
Dennis Chambers est l'un de ces batteurs qui a réussi à devenir aussi célèbre, sinon plus, que les musiciens qu'il accompagne. Surtout connu dans le domaine du jazz, du funk et du rock d'influence latine, il a collaboré avec une liste impressionnante d'artistes de renom : John Scofield, Stanley Clarke, John McLaughlin, Eric Johnson, Niacin, Victor Wooten, Carlos Santana. Ses performances aux côtés du guitariste Greg Howe et du bassiste Tetsuo Sakurai restent particulièrement mémorables.
On qualifie rarement les batteurs de virtuoses, mais aucun terme ne convient mieux à Dennis Chambers. Il faut le voir en action pour y croire. Serviette à proximité pour éponger son visage ruisselant et ventilateurs solidement fixés à ses supports de cymbales, il déploie une énergie étonnante qui trahit sa silhouette trapue et un brin bedonnante.
Ses solos sont bien loin des passages du style « je frappe sur tous mes tambours le plus vite et le plus fort possible jusqu'à ce que je réalise que tout le monde a hâte que je finisse ». Ce n'est pas pour rien qu'en spectacle, on lui laisse bien souvent de longues minutes pour étaler son art.
Dennis Chambers ne perd jamais le tempo. Jamais. Malgré les rythmes élaborés et les enchaînements complexes. On croirait presque qu'une partie de son cerveau est dédiée exclusivement à la fonction métronome. Chez lui, technique, précision et énergie sont au service du groove. Il ne se contente pas de bêtement donner le rythme à ses collègues musiciens, il signe son style sur tous les enregistrements auxquels il collabore.
Et en passant, on a toujours sous-estimé Ringo Starr.