J'me peux plus de Craig Ferguson

Jimmy Fallon se glissait lundi sous la lumière du Tonight Show, mettant fin à plus de vingt fades années signées Jay Leno. Une salutaire passation du flambeau qui pourrait réélectrifier cette mythique émission dont le menton le plus célèbre en Amérique a complètement liquidé l'aura de prestige (tout en maintenant, rendons à Leno ce qui revient à Leno, les meilleures cotes d'écoute dans cette case horaire).
Malgré toute l'admiration que j'ai pour les talents de couteau suisse de ce Fallon capable d'imiter/chanter/rapper/danser/mimer/tweeter (en même temps, ou presque), le roi de mon coeur de téléphage pas couchable se nomme Craig Ferguson, humoriste d'origine écossaise qui, du lundi au vendredi, juste après mononcle Letterman, pilote dès 00h35 sur les ondes de CBS la plus volontairement champ gauche de toutes les émissions de fin de soirée, le Late late show with Craig Ferguson.
Depuis son studio grand comme une garde-robe à Los Angeles, Craig inaugure invariablement tous ses monologues d'ouverture en hurlant un tonitruant «It's a great day for America, everybody!».
Beaucoup plus long que chez la concurrence, ce segment de quelques dix minutes, en apparence complètement improvisé (bien qu'on devine qu'une armée de scripteurs est à l'oeuvre), troque les traditionnels one liners pour un style très échevelé, où la plus puérile des blagues de zizi peut suivre une observation acérée sur l'actualité internationale (les blagues de zizi ont néanmoins le dessus).
Que le faire-valoir de Ferguson, Geoff Peterson, soit un squelette robotisé gay (vous avez bien lu), en dit long sur le plaisir que l'animateur prend à subvertir les codes de ce genre très formaté qu'est le talk-show, genre qu'il met à sa main avec le même mélange de prestance et d'irrévérence, d'élégance et d'autodérision, qui ont fait les beaux jours de David Letterman. Ferguson respecte assez la tradition pour lui tordre le cou.
Le couche-tard déchire ses cartons de questions au début de chacune des ses entrevues, manière de signaler qu'il entend avoir la conversation la plus authentique possible avec l'acteur de sitcom, la starlette de téléréalité ou l'écrivain - parce qu'il y a parfois des écrivains chez Craig - qui accostera à son pupitre.
Autre signe que Ferguson est un oiseau (de nuit) rare dans l'écosystème télévisuel: les habituels membres du gotha hollywoodien cèdent parfois le fauteuil de l'invité à de grands personnages politiques comme Desmond Tutu ou Madeline Albright.
Craig Ferguson demeure aussi très actif sur scène (il est un habitué de la portion anglophone du festival Juste pour rire). La version audio de son plus récent one-man-show, I'm here to help, lui méritait une nomination dans la catégorie «Best comedy album» lors de la plus récente cérémonie des Grammy Awards. La version vidéo de ce spectacle mettant en vedette un Ferguson au langage beaucoup plus vert que dans la boîte à images (on peut jurer comme on veut dans une salle de spectacles) est disponible sur Netflix et iTunes.