Les histoires de Philip K. Dick ont inspiré de nombreux films.

Je suis vivant et vous êtes morts

Une des légendes de la littérature de science-fiction s'appelle Philip K. Dick. Il est possible que son nom vous soit étranger, mais certainement pas son oeuvre. Ses créations ont inspiré les films Blade Runner avec Harrison Ford (1982), Rapport minoritaire (2002) de Steven Spielberg et Total Recall (1990) entre autres. Même le Truman Show avec Jim Carrey est inspiré d'une des oeuvres de Dick (Le temps désarticulé, 1959). Son impact créatif en est un majeur.
Total Recall, dont on a fait une adaptation récente avec Colin Farell (2012), mérite d'être revu de nos jours. Malgré la présence musclée d'Arnold Schwarzenegger (ça saigne beaucoup), ce film sur la perte de contact avec la réalité est drôlement intéressant. Dans le futur, les humains ont colonisé Mars, une planète au fort potentiel minier. Sur terre, un homme (Quaid) fait des rêves récurrents sur la planète rouge qu'il croit n'avoir jamais visité. Une société spécialisée dans l'implant de souvenirs, Rekall, lui offre de calmer ses fantasmes obsessionnels.
S'enchaîne alors une suite d'événements où il est ardu de démêler le vrai du faux, le passé du présent. Quaid était-il autrefois un agent secret dont on a effacé la mémoire? Le héros se retrouve (ou pas) sur Mars et est confronté à un dictateur sanguinaire assoiffé de pouvoir, qui n'hésite pas à faire usage de violence pour arriver à ses fins. Vit-il toujours dans un monde onirique ou bien est-il éveillé? C'est la grande question du film. Même la finale laisse à penser que la réalité n'est peut-être qu'un rêve. Ou l'inverse...
Au fil du temps, Philip K. Dick a su créer un univers halluciné, où les faux semblants sont nombreux et la paranoïa fort répandue. C'est en quelque sorte sa marque de commerce. Le mode de vie de l'écrivain n'y est d'ailleurs pas étranger: le romancier consommait des amphétamines à la pelle. Cela lui permettait d'écrire à un rythme d'enfer, mais le plongeait aussi dans des crises d'angoisse dépressive à répétition.
La biographie Je suis vivant et vous êtes morts d'Emmanuel Carrère (1993) témoigne bien de son existence troublée. Dick est décrit comme un dépendant affectif aux nombreuses liaisons amoureuses tournant inévitablement à la catastrophe. Cette vie privée houleuse, combinée à sa dépendance aux médicaments, fait en sorte que l'artiste a toujours été sur la corde raide mentalement. L'équilibre n'était pas vraiment au rendez-vous.
Si on ajoute à cela qu'il n'a connu qu'un modeste succès avec ses livres au début de sa carrière, toutes les conditions étaient réunies pour que la tension et la confusion fassent partie du quotidien de l'écrivain. D'une infinie tristesse pour lui, mais drôlement payant au plan créatif pour ses fans...