La gérante du Musi-Café, Sophie L'Heureux

«Je ne reconnais plus ma ville»

La gérante du Musi-Café, Sophie L'Heureux, ne sait pas encore si elle reprendra son poste quand le tristement célèbre resto-bar relancera ses opérations dans un édifice neuf, probablement en septembre. «Je serai là pour l'ouverture c'est certain, mais je ne sais pas si je serai de l'aventure comme gérante, confie-t-elle. Mes racines sont à Lac-Mégantic, mais je ne reconnais plus ma ville et je pense que pour les trois ou quatre prochaines années, ce sera difficile.»
Sophie L'Heureux a toujours fait partie de l'histoire du Musi-Café. Elle en a été des premiers clients et agissait comme bras droit de Yannick Gagné depuis deux ans.
Quand le train a déraillé et embrasé le centre-ville, le 6 juillet dernier, elle a tenté comme bien d'autres d'accourir sur les lieux...
Elle connaissait une bonne trentaine des 47 victimes : des clients, des amis, des collègues de travail.
«Malgré tout ce que j'ai vécu, je me considère chanceuse, lance-t-elle, il y a beaucoup d'autre monde proche de moi que j'aurais pu perdre aussi.»
Après le réconfortant épisode du Musi-Café d'été où elle s'est beaucoup investie, Sophie L'Heureux a dû quitter Lac-Mégantic pour le travail.
«J'avais l'opportunité de retourner sur la construction à Montréal et je savais qu'ici ce serait difficile de me trouver un autre emploi.
«Avant que tout ça arrive, ma vie était presque parfaite, tout allait bien, ç'a été un choix très déchirant de partir. (...) Ce n'était pas évident de quitter cette ville que j'aime tant.»
Sophie L'Heureux revient toutes les semaines à Lac-Mégantic où l'attendent son fils et sa maison.
Elle suit de près les débats sur la reconstruction de la ville et la reprise des activités ferroviaires.
Elle a visité le chantier du Musi-Café, connaît bien la vision qu'en a Yannick Gagné et l'encourage dans son projet.
Elle souligne le courage de toute cette communauté qui avance, malgré les embûches et la lenteur de la reconstruction. «On savait que ça allait être long, dira-t-elle. On ne peut plus sortir à Lac-Mégantic sans être ramené à cette journée-là. Je trouve que les gens qui restent sont très courageux. Je les trouve bons de garder le moral dans tout ça.»
La nécessité d'une voie de contournement
Pour sa part, à cette étape-ci de son cheminement, elle se dit incapable de se réinstaller a Lac-Mégantic en sachant que le pétrole pourrait à nouveau circuler à quelques mètres de son chez-soi et de son lieu de travail.
«La voie de contournement, c'est capital pour moi. Ça va faire en sorte que je vais décider de revenir ou non. Je peux vivre avec le train qui circule en arrière de chez moi, mais avec la pente et la courbe qu'on a ici, un train avec du pétrole, ça ne passe pas du tout. Avec ce qu'on a vécu à Lac-Mégantic, ce serait criminel de permettre ça.»
Après neuf mois d'exil obligé, Sophie L'Heureux conserve malgré tout l'espoir que le meilleur reste à venir.
«Ce qui peut faire la différence (pour la voie de contournement), croit-elle, c'est la population de Lac-Mégantic. Si on pouvait être solidaire par rapport à ce dossier, peut-être qu'on pourrait convaincre nos dirigeants qu'on n'en veut plus de pétrole dans notre centre-ville.»