Eddie Vaan Shaw

J'ai vu (comme le titre d'une toune de Niagara)

Alors que les sorties d'album se font rares par les temps estivaux qui courent, je dévie de mon habituel créneau où sont présentés des disques pour effectuer un retour de son.
<p>Paul Deslauriers et Steve Hill</p>
Comme j'ai eu la chance d'être photographe pour le festival Sherblues & Folk - donc, d'assister à un éventail de prestations aux premières loges - voici les petites perles qui se sont nichées dans mes oreilles, mais principalement dans mes yeux.J'ai vu des gardiens de sécurité un peu dépassés par les évènements quand le roi du reggae africain, Tiken Jah Fakoly, a généreusement offert de son temps pour rencontrer ses nombreux fans. J'ai vu un Tiken épuisé par sa superbe performance prendre quand même de longues minutes pour se faire prendre en photo, se faire enlacer, embrasser, glorifier. Il aurait pu ne signer que quelques autographes et aller se reposer, mais non. On appelle ça un artiste dévoué.
J'ai vu un Steve Hill enchainer les cigarettes avant de monter en scène. Je l'ai vu écarter le rideau pour regarder la foule, prendre un grand respire et faire une entrée triomphale. J'ai vu son technicien de scène avoir des sueurs froides quand la guitare de Hill a cessé de fonctionner au pire moment, soit lors de sa réapparition en scène avec le grand Paul Deslauriers pour des reprises attendues de Jimi Hendrix. Après une Foxy Lady enlevante où la foule a vécu un réel moment de grâce, la guitare s'est tue. Elle s'est fait battre à la fin du show, finissant garochée par terre, dénudée de ses cordes par un Steve Hill en beau fusil.
J'ai vu des techniciens de son et d'éclairage à leur affaire. On le dira jamais assez : sans eux, pas de spectacles. Ce sont des travailleurs de l'ombre qu'on devrait mettre en lumière. Ainsi, gloire à eux qui font briller les artistes en scène (et gloire au Red Bull qui les tient réveillés quand il faut démonter une scène à 2h du matin).
J'ai vu Thus Owls faire une boule d'amour au sortir de scène, heureux de leur très belle performance qui a laissé la foule en état d'hypnose (effet direct d'une chanteuse rousse au sourire ravageur et à la voix cristalline).
J'ai entendu Dylan Perron de Élixir de Gumbo manquer de voix, mais chanter quand même, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.
J'ai vu le fils du grand bluesman Eddie Shaw, nommé Eddie Vaan Shaw, débarquer en scène avec son attitude très cool, ses cheveux jusqu'aux genoux, sa pipe fumante au bec et attaquer les cordes de sa guitare à trois (3!) manches.
Mais de tout le festival, qui était d'ailleurs d'une qualité irréprochable, je retiens surtout cette phrase dite par Steve Hill: « Vous êtes ben fins de vous procurer mes chansons sur iTunes, mais je vous invite quand même à vous procurer mes albums ici, à mes spectacles. L'argent s'en va directement dans ma tinque à gaz pour me permettre de sillonner le Québec. Pour aller voir le monde. »
C'est valable pour tous les artistes. Donc, la prochaine fois que vous irez voir un artiste en show, trainez-vous un p'tit 20$ de plus au cas où son album vous tenterait. C'est un solide investissement (en plus vous pourrez le faire signer!).