Glen Canning

Intimidation: un père livre un témoignage déchirant

L'histoire a fait le tour du monde. En novembre 2011, Rehtaeh Parsons, une adolescente de 15 ans résidant en Nouvelle-Écosse, se serait fait violer par quatre garçons alors qu'elle était fortement intoxiquée. Une photo de l'agression aurait circulé sur les réseaux sociaux par la suite, et la jeune fille a été victime d'intimidation pendant des mois avant de se suicider en avril 2013.
« C'est une histoire tragique, dérangeante, mais on doit la raconter. Nous évoluons dans un système qui est brisé et qui doit être réparé. La situation ne s'arrangera pas si on attend simplement que le système se répare tout seul », a affirmé Glen Canning, le père de la jeune fille. Celui-ci a livré mardi un témoignage déchirant devant des étudiants du Collège Champlain dans le cadre de la Journée du chandail rose contre l'intimidation, racontant comment il a progressivement vu sa fille être détruite. « Elle n'a jamais été la même après l'agression. »
En plus du sordide geste allégué, les réactions des policiers, de l'administration de l'école de Rehtaeh Parsons ainsi que du système médical telles que décrites par M. Canning ont de quoi soulever de nombreux questionnements.
Malgré une photo de l'acte ainsi que des déclarations incriminantes, les policiers ont fermé le dossier sans jamais rencontrer les quatre présumés agresseurs, prétextant ne pas avoir de preuves suffisantes pour porter des accusations. Il a fallu que Rehtaeh s'enlève la vie pour que le dossier soit rouvert.
À l'école, même si l'histoire de l'agression circulait abondamment dans les corridors et que Rehtaeh n'allait plus à ses cours, la direction n'a apparemment jamais contacté la famille pour s'informer de ce qui se passait avec la jeune fille.
Après avoir été chercher de l'aide à l'hôpital, Rehtaeh a été placée dans une aile avec des jeunes en difficulté, dont la plupart avaient des problèmes de consommation de drogue et de comportement. Pas parce que sa place était là, « mais parce que c'était la seule place qu'ils avaient », selon son père.
C'est après avoir passé à travers ces difficultés que M. Canning a conclu que le système actuel n'est pas adapté pour aider les victimes d'agressions sexuelles et qu'il fallait agir. Il raconte donc l'histoire de sa fille en espérant sensibiliser les gens et changer les choses.
« On ne leur apprend pas »
Lorsque des agressions comme celle qu'aurait subie Rehtaeh Parsons surviennent, on se demande souvent pourquoi les divers témoins qui étaient présents ne sont pas intervenus. En guise de réponse, M. Canning a offert un solide plaidoyer en faveur de l'éducation au sujet du consentement sexuel. « Ils n'ont aucune idée de ce qu'est une relation sexuelle consentante parce qu'on ne leur apprend pas. On leur apprend comment mettre un condom ou utiliser des méthodes de contraception, mais pas ce qu'est le consentement. »
M. Canning a eu un ultime conseil pour les étudiants réunis devant lui hier. « Lorsque vous êtes témoins d'une situation, demandez-vous : si une telle situation arrivait à ma fille, qu'est-ce que j'aimerais qu'il se passe? Puis, faites-le. »