L'abbaye Saint-Benoît-du-Lac fait partie des images de promotion touristique de la région.

Il ne faut «pas gâcher un paysage», dit la mairesse d'Austin

Le projet d'installation d'une tour de télécommunication dans le secteur du chemin Mountain suscite des craintes parmi les élus de la municipalité d'Austin. « Ce serait complètement inadmissible de mettre ce genre d'équipement dans un paysage emblématique », déclare la mairesse Lisette Maillé.
<p>Lisette Maillé</p>
La tour de 115 mètres de hauteur que Bell prévoit installer près du chemin Mountain ne serait pas située sur le territoire d'Austin, mais tout juste à côté, à Bolton-Est. Selon les informations qui circulent, elle serait aisément visible depuis plusieurs endroits à Austin. « J'espère qu'on ne va pas gâcher un paysage que même le gouvernement du Québec utilise pour faire la promotion de la province à l'étranger », lance Lisette Maillé.
Ce paysage est visible à partir du chemin des Pères lorsqu'on arrive dans le village d'Austin. On voit au loin l'abbaye Saint-Benoît-du-Lac et son haut clocher, le lac Memphrémagog ainsi que le mont Owl's Head.
Malgré son inquiétude, Mme Maillé s'abstient de critiquer trop sévèrement la compagnie derrière le projet. « Il faudrait voir les vraies maquettes pour savoir à quel point le paysage serait défiguré », affirme-t-elle.
Front commun
De l'avis de Lisette Maillé, il importe que les municipalités de la MRC de Memphrémagog fassent front commun, si elles souhaitent freiner l'ardeur des compagnies de télécommunication. « J'aimerais que la MRC adopte une position claire par rapport à l'installation d'antennes dans notre région. »
Devenu conseiller municipal à Austin il y a quelques années, l'ex-député d'Orford Robert Benoit soutient pour sa part que la MRC « n'a pas fait son travail » en ce qui concerne les tours de télécommunication. « Si les municipalités se tenaient, ce ne serait pas pareil. Ça fait 30 ans qu'on fait des colloques sur les paysages et on laisserait passer ça. Ça serait incohérent », juge-t-il.
M. Benoit déplore également la multiplication des tours de télécommunication dans le sud du Québec. « J'ai fait un déplacement d'une durée de trois heures dans le Vermont durant les derniers jours et je n'en ai vu qu'une seule pendant le trajet. Or, en roulant entre Montréal et Magog, on en aperçoit plus de quarante », fait-il valoir.
« Je comprends que le fédéral est forcé de résoudre les problèmes liés à ce secteur d'activité. Par contre, je pense que les autorités devraient écouter plus le monde. Les compagnies nous sortent vite la jurisprudence quand on s'oppose et elle est à leur avantage. »
Une priorité
Préfet de la MRC de Memphrémagog, Jacques Demers indique pour sa part que « plusieurs corridors de vue » sont protégés dans la MRC de Memphrémagog.
« Pour nous, les paysages sont une priorité, assure M. Demers. Est-ce qu'on pourrait élargir les corridors de vue existants? Je ne sais pas. Chose certaine, les municipalités sont en mesure d'aller encore plus loin en ce qui concerne la réglementation. D'ailleurs, elles connaissent toutes les particularités de leur territoire. »
Cela dit, le préfet est forcé d'admettre que les municipalités n'ont pas le dernier mot lorsqu'il s'agit de l'installation de tours de télécommunication. Le gouvernement fédéral est en effet roi et maître en cette matière.
« Les compagnies en cause ont des réputations à préserver et tentent habituellement d'écouter le public. Au Québec, il semble qu'elles ne sont jamais passées par-dessus les recommandations des municipalités », note-t-il.