David Goudreault: «Avec cet album-là, je veux sortir de la niche slam, parce que dans les niches, il y a beaucoup de chiens.»

Il ne changera pas le monde, sauf que...

David Goudreault sait qu'il ne changera pas le monde, mais veut que les foules sachent qu'il aimerait le changer. Avec La faute au silence, un troisième album fort des refrains fédérateurs composés pour lui par Jipé Dalpé et Gaële, le poète a tout ce qu'il faut entre les mains, et dans la bouche, pour atteindre son objectif.
«Tout ce qui ne s'exprime pas s'imprime / Il y a des pertes de vie qui s'évitent par la rime», lance David Goudreault sur la dernière pièce de son troisième album, La faute au silence, un duo avec son homologue français Grand Corps Malade intitulé Juste de la poésie.
Ce n'est pas beaucoup faire porter sur les frêles épaules de la poésie? «Je crois profondément qu'il y a des gens qui, en s'exprimant à travers un texte, n'auront pas besoin de sombrer dans la violence pour que ceux qui les entourent comprennent qu'ils ne vont pas bien», plaide le slameur devant une poutine végétarienne et une eau pétillante, en cette fin de journée de promotion.
«On peut peut-être changer la vie d'une personne à la fois grâce à la rime, oui. En même temps, c'est beaucoup plus léger pour moi d'écrire depuis que j'assume que je n'écrirai pas la chanson qui va changer le monde au complet, que si John Lennon n'a pas réussi avec Imagine ou Bad Religion avec American Jesus, je n'y arriverai pas.»
Du pouvoir salvateur de la poésie, David Goudreault peut en témoigner longuement. Dans les écoles, les prisons et les hôpitaux où il tient régulièrement le crachoir à l'occasion d'ateliers d'initiation à l'écriture créative, le poète brise le silence qui emmure les «touts croches de toutes les espèces et de toutes les beautés.»
Une noble tâche d'apôtre de la parole qui, au cours des dernières années, a relégué au second plan le Goudreault, artiste de scène et de studio. «Prendre le micro et écouter ce que les autres ont à dire, ça répond à deux besoins différents. J'aime donner des ateliers, mais j'ai moi aussi envie de propager mon message, pas juste de faire émerger la parole des autres. Je veux rencontrer les foules.»
Et pour rencontrer les foules, promouvoir le végétarisme comme sur la ludique Tartare, inviter les masses à faire sauter les dépôts d'armes comme sur l'antimilitariste Rage de guerre ou rompre la honte qui entoure l'avortement comme sur la prenante Dernier pas, Goudreault sait qu'il n'y a pas plus efficaces instruments que la mélodie et le refrain fédérateur.
Des ingrédients qui manquaient à ses deux précédents galettes autoproduites, de facture un peu bigarrée, et que lui fournissent cette fois-ci le réalisateur et la directrice artistique de La faute au silence, Jipé Dalpé et Gaële, également compositeurs de toutes les musiques. La faute au silence: album de la cohésion musicale, album qui s'écoute d'une traite et premier album de Goudreault à paraître sur une étiquette de disques, nommément Vega Musique. Du sérieux.
«J'ai appris beaucoup avec Jipé et Gaële. J'ai surtout appris que je n'étais pas musicien, avoue-t-il en éclatant de rire. Eux, le sont. C'est ce dont j'avais besoin. Avec cet album-là, je veux sortir de la niche slam, parce que dans les niches, il y a beaucoup de chiens.»
Le bon gars
Le travailleur social qu'est David Goudreault a beau être en congé ces temps-ci afin de donner toute la chance à l'artiste David Goudreault d'éclore, l'humain demeure au coeur de sa démarche. À la différence près que l'artiste peut se permettre sur disque des provocations qui ne passeraient par la rampe dans son bureau, des phrases chocs comme «Décide ou décède», qu'il envoie à la gueule d'un pote pris dans l'infernal tourbillon de la drogue sur Pas assez.
«C'est une chanson que j'aurais probablement aimé entendre il y a quelque années», confie-t-il en renvoyant à son propre passé trouble. «Mais elle est spécifiquement adressée à un ami que j'ai croisé un soir sur le pont Terrill. Il roulait à vélo dans des conditions climatiques qui ne permettaient pas de faire du vélo, à une heure indigne. Comme c'était clair qu'il était sous l'effet de la drogue ou qu'il s'en allait en chercher, ça ne servait à rien que j'arrête pour essayer de lui parler. J'avais des idées en tête que je me suis mis à chanter dans mon dictaphone. Ce qui revenait, c'est cette phrase-là: "Décide ou décède."»
Pas de détour, ni de circonlocution chez Goudreault donc, qui privilégie plus que jamais un franc-parler auquel sa nature de bon gars parmi les bons gars fait parfois de l'ombre. «Aux gens qui vont critiquer mon côté accessible, je dis: "Attention, ne confondez pas le message et le messager." Je suis peut-être quelqu'un de gentil, mais ce que j'ai à dire n'est pas toujours gentil et consensuel. Je ne suis pas sûr que tous les lobbys du Québec endosseraient mon album. Mon défi en ce moment, c'est de ne pas édulcorer mon propos, de maintenir mes positions assez affirmées, pour ne pas radicales, et de les faire passer en sachant que je ne changeai pas le monde, mais en faisant savoir au monde que j'aimerais le changer.»
À retenir
Lancement de La faute au silence
Mercredi 30 avril à 20 h
Salle du Parvis (987, rue du Conseil)