Jacques Beaulieu prépare encore ses émissions « à l'ancienne » à l'aide d'une collection de disques compacts à l'image de sa carrière : monumentale et éclectique.

Il était une fois... Jacques Beaulieu

« Deviens qui tu es » conjuraient tour à tour Goethe et Nietzsche en reprenant cet adage vieux comme le monde. De cette maxime, Jacques Beaulieu semble être un exemple incarné. Depuis ses débuts radiophoniques à Drummondville jusqu'à devenir l'une des personnalités estriennes les plus connues des ondes de Radio-Canada, Jacques Beaulieu s'est sans cesse renouvelé en réaffirmant sa passion pour la musique à travers mille et un projets. Petite biographie d'un grand homme.
Confortablement assis derrière son ordinateur dans les locaux de Radio-Canada de la rue King Ouest, Jacques Beaulieu s'affairait à préparer l'une de ses émissions lorsque j'ai frappé à sa porte. Des 5000 disques qui ont élu domicile dans son bureau, une bonne soixantaine jonchaient son espace de travail dans le désordre organisé typique d'un grand créatif.
« Excuse-moi, c'est comme ça que je travaille », dit-il en ouvrant la porte, un sourire en coin. Au fil de notre entretien, j'ai rapidement compris que le travail était beaucoup plus qu'une méthode pour Jacques Beaulieu, c'est un mode de vie.
« J'ai évidemment commencé petit, dans les radios de Drummond, Trois-Rivières et Sherbrooke. À la fin des années '70, j'ai été appelé pour remplacer Jacques Fauteux pour une émission d'après-midi à Radio-Canada, puis quand il est revenu, ils [les dirigeants de Radio-Canada] m'ont rappelé pour me garder pour l'été », raconte Jacques Beaulieu, mettant sa voix sobre et posée au profit de la narration de sa propre histoire.
Dès les années '80, une panoplie de projets différents, tant télévisés que radiophoniques se concrétisent entre les mains de Jacques Beaulieu. Il faudra toutefois attendre son émission Blues pour blues à la chaîne culturelle de Radio-Canada, une émission mise sur pied avec le grand amateur de blues Michael Wollen, pour que notre animateur commence à mettre à profit sa connaissance encyclopédique du blues.
« Michael préparait tout ce qui avait à voir avec le blues urbain, et moi je m'occupais de la partie blues rural. Ensemble, on faisait un tour d'horizon musical des grandes figures du blues, une fois par semaine », se remémore-t-il.Vers de nouveaux sommets
Ce sera toutefois quelques années plus tard seulement que se présentera l'opportunité qui lancera véritablement la carrière radiophonique de notre animateur.
« C'est mon émission Beaulieu à l'infini qui m'a vraiment mis au monde. C'était un concept original que j'avais monté et que je faisais sur les ondes de CHLT-AM de 13 heures à 18 heures, en après-midi, pour continuer sur les ondes FM de la même station de 18 heures à 6 heures du matin. »
Oui, oui. Vous avez bien lu. C'est bien 17 heures de radio d'affilée que se tapait notre mélomane, jamais à court d'idée ou d'énergie pour dénicher les dernières découvertes tout en n'oubliant pas les grands classiques.
« Mais j'avais un technicien qui venait mettre la musique que j'avais préparée entre onze heures le soir et une heure du matin », spécifie-t-il, comme pour convaincre de la véracité de l'horaire presque irréel qu'il venait de décrire.
Outre le temps d'antenne monumental que lui offrait CHLT, Jacques Beaulieu jouissait aussi du plus grand rayon de diffusion grâce à l'immense antenne située au sommet du mont Orford, et qui permettait à sa voix de baryton de trouver écho au sud jusqu'au Vermont, au New-Hampshire et au Maine et, au nord, au-delà de la capitale nationale.
« Soudainement, j'étais devenu très intéressant pour les amateurs de musique d'un peu partout, j'avais de très bonnes cotes d'écoute et les maisons de disques se garrochaient pour me donner les derniers albums sortis. C'était la cagnotte! » lance-t-il.
Jacques Beaulieu garde de très précieux souvenirs de cette époque de sa carrière, entre autres de cette fois où il avait reçu un enregistrement maison de la part de nul autre que Bob Dylan, qui avait assisté à un concert improvisé d'une bande de prisonniers du New-Hampshire jouant du blues.
« C'était du folk-blues, semblable à ce que Bob Dylan lui-même faisait. C'était vraiment spécial de recevoir ça par la poste. Je l'ai même fait jouer quelques fois en ondes », dit l'animateur.
On peut entendre l'indéfectible amateur de blues s'animer dans Sur la route, une émission sur les ondes d'Espace.mu dédiée à ce style musical rassembleur, tous les vendredis de 20 heures à minuit.