Robert Ingari

Homme de choeur

C'est au hasard d'un déménagement que Robert Ingari s'est découvert une passion pour le chant. Il avait 13 ou 14 ans. Et il stressait un peu à l'idée d'être le petit nouveau de la polyvalente. Voyant que des cours de chant choral étaient offerts à l'école, il a plongé, pensant ainsi apprivoiser son nouveau milieu. Il ignorait que cette décision allait changer sa vie. Littéralement.
« Ça a explosé! Je me suis retrouvé dans mon élément, je me suis découvert une passion, du talent. C'est devenu clair : c'est ce que je ferais de ma vie. »
Le jeune Robert, qui avait déjà tâté le piano, a étudié au New England Conservatory, puis au Westminster Choir College. Directeur de choeur dès 1989, aux États-Unis, il a pratiqué 10 ans là-bas avant de venir s'installer au Québec, où il a vite pris racine.
« En arrivant ici, à 37 ans, je me suis fait un inestimable cadeau : entouré de grammaires, plongé dans les livres, j'ai appris le français. Et c'est comme si j'avais débloqué des zones dans mon cerveau, comme si j'avais changé la vitesse de mes neurones. Je suis devenu un meilleur musicien depuis que je parle français. C'est une langue qui résonne très fort en moi, sa fluidité et sa musicalité me touchent au coeur. »
Fervent défenseur du fait francophone, Robert Ingari a d'ailleurs mis sur pied le Choeur de chambre du Québec, en 2011, une chorale professionnelle dont le but premier est d'interpréter et de faire vivre de beaux textes français.
« C'est mon bébé, une belle réalisation pour laquelle j'ai plein de projets. Je souhaite que le Choeur devienne un ambassadeur du Québec, qu'il touche le grand public. »
L'autre « bébé » dont Ingari est très fier, c'est la maîtrise en direction chorale qu'il a mise en place à l'Université de Sherbrooke à partir de 2007.
« C'est un programme qui m'occupe beaucoup, quelque chose de très stimulant, qui a aussi apporté son lot de stress. Je suis vraiment heureux de constater aujourd'hui que notre programme, très spécialisé, attire des étudiants motivés. C'est aussi très gratifiant d'enseigner le métier que je pratique. J'y trouve une réelle valorisation. »
Il y trouve aussi une relève de talent. Robert Ingari, qui dirigeait aussi le Choeur symphonique de Sherbrooke jusqu'à tout récemment, a cédé sa baguette avec bonheur à l'un de ses diplômés, Jean-Philippe Dutil.
« Je suis heureux de laisser ma place. Je vais rester sur le CA de l'organisation, cependant. Je demeure à Sherbrooke depuis cinq ans, j'ai envie de m'y impliquer comme citoyen, de faire ma part pour la collectivité. J'avais auparavant toujours vécu dans une grande ville. J'ai trouvé un chez-moi à Sherbrooke. Y vivre, entouré d'une nature abondante, m'apporte un bel équilibre », exprime celui qui trouve aussi dans le chant et la direction de choeur un bien-être indéniable.
« Chanter fait circuler le sang et travailler les poumons en plus de favoriser la sécrétion d'endorphines. Ça fait du bien physiquement. Chanter en choeur décuple tout ça. C'est phénoménal. La polyphonie amène une communion difficile à décrire, mais absolument fantastique. »