Gaston Gagnon, guitariste émérite du blues sherbrookois.

Histoires de blues

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«C'est Robert Pete Williams qui m'a dit : Ce que tu penses jouer dans ta tête, coupe-le de moitié. Là, tu vas jouer du blues. Une note, c'est des vibrations. Avec une seule note, on peut faire lever la chair de poule», se souvient Gaston Gagnon, qui a partagé la scène avec le bluesman à l'époque où il accompagnait Plume Latraverse.
Pour le guitariste sherbrookois, qui a aussi foulé les planches avec la célèbre Big Mama Thornton et joué avec de nombreux artistes québécois avant d'être à la barre de son band D'icitte, le blues ne doit être pas une démonstration de virtuosité mais la transmission d'une émotion.
Pour cause. «Le blues, c'est un dérivé profane du gospel des églises protestantes noires du sud des États-Unis», rappelle Gérald Côté, ethnomusicologue sherbrookois et auteur de l'ouvrage Les 101 blues du Québec. Et la musique afro-américaine communique parfaitement l'oppression. «Le blues comme le jazz resteront des genres marginalisés jusqu'à Michael Jackson, qui arrive à une égalité sociale internationale. C'est en général plutôt triste.»
«Mais c'est pas juste avoir de la peine, le blues, précise Gaston Gagnon. C'est un état d'être.» Dans le morceau Montre-moi donc du compositeur, un homme demande à sa blonde de lui expliquer ce qu'il pourrait faire pour lui faire plaisir. «Il y a un état de plainte, mais qui n'est pas négatif. C'est tourné en humour.»
C'est aussi le genre de la contestation politique, ici comme ailleurs ; on peut penser à de nombreuses chansons de Plume. «Les pauvres a été qualifiée de chanson la plus blues du répertoire québécois, note fièrement Gaston Gagnon, qui a participé à la composition de la musique de la pièce. Il y a du blues partout dans le répertoire québécois.»
Il y avait, à la fin des années 60, Jan Maciewski et ses Souls of Inspyration, groupe ontarien qui s'était établi à Sherbrooke. «C'est lui qui nous a fait découvrir le blues américain et ce que j'appelle l'école des King : Albert King, B.B. King et Freddie King, les meilleurs des profs de musique. Il nous a donné la piqûre à Jacques Coco Roy, à moi, et d'autres.»
Jacques Coco Roy, une autre figure de la scène sherbrookoise. «Il était très connu en Estrie pour son rock progressif et son blues, raconte Gérald Côté, qui connu le guitariste personnellement. «C'était un excellent musicien. Il a passé toute sa vie à jouer sans arriver à une reconnaissance nationale.» Après son décès prématuré en 2011, une page Facebook a été créée pour lui rendre hommage - elle est toujours active.
Coco aurait cependant peut-être éprouvé plus de difficulté à mener sa carrière locale si elle avait débuté de nos jours. «Dans le temps, on allait voir des shows tout le temps, de n'importe quoi, raconte Gaston Gagnon. Maintenant, le marché est pour les artistes déjà établis que les gens sont prêts à payer cher pour voir. C'est difficile de trouver des places pour jouer.»
Quoi qu'il en soit, avec Jacques Savard, Guy Drolet et Marc Jean-Marie, les autres D'icitte, Gaston Gagnon enregistre depuis mars. «Je sais pas trop ce qu'on va faire avec ça!» s'exclame-t-il.