Glissements de terrain: vers une caractérisation des sols

La caractérisation des zones potentiellement à risque de glissements de terrain sur le territoire de la ville de Sherbrooke a largement été critiquée par le citoyen Jean-Marie Dubois, la semaine dernière en séance du conseil municipal. Géomorphologue et photo interprète, M. Dubois avait acheminé ses doléances aux élus le vendredi précédent.
Dans son document, M. Dubois indique que la carte d'inventaire des sites potentiellement exposés aux glissements de terrain que la Ville souhaite inclure dans les règlements de zonage «est un abus de pouvoir à cause du manque de rigueur géoscientifique. Mettre en vigueur des cartes de sites dont le risque réel n'est pas confirmé transmet le fardeau de la preuve, avec dépens financiers, sur le dos des propriétaires des terrains visés».
Éboulis ou écroulements
S'intéressant particulièrement à l'arrondissement de Jacques-Cartier, Jean-Marie Dubois estime que «la majorité des sites ciblés semblent être des zones susceptibles à des éboulis ou écroulements rocheux, et non des sites susceptibles aux glissements de terrain dans des formations meubles».
M. Dubois précise que «les formations rocheuses dans la ville de Sherbrooke sont toutes sédimentaires métamorphiques [...]. Ce sont des roches relativement résistantes et peu susceptibles aux écroulements».
Dans son intervention au conseil municipal, le citoyen demandait que soient retirées des zones à risques les propriétés construites sur le roc.
Danielle Gilbert, directrice du Service de la planification et du développement urbain à la Ville de Sherbrooke, a apporté quelques nuances. «Le plan de travail pour 2014 est maintenu. Nous sommes à réviser les zones potentiellement à risque de glissement de terrain. Le travail déjà effectué permet de supposer que la révision des zones restantes réduira à nouveau le nombre de propriétés concernées.»
Rappelons que la Ville de Sherbrooke a étudié 84 zones à risque, permettant d'en éliminer 19 au complet et de réduire la superficie des 65 autres.
<p>Danielle Gilbert </p>
Construite sur le roc
«Nous convenons que la ville de Sherbrooke est davantage construite sur le roc que sur les autres milieux, mais la classification des sols ne nous permet pas pour le moment de déroger des normes. En 2004, les zones ont été déterminées sans tenir compte du type de sol et ce sont les normes qui avaient été acceptées. Distinguer les dépôts meubles des sols rocheux demandera des vérifications supplémentaires sur le terrain.»
Mme Gilbert rappelle que la désignation des zones potentiellement à risque de glissements de terrain est avant tout une mesure de sécurité et de prévention qui ne vise en rien à empêcher la tenue de travaux. «À partir du moment où nous voudrons retirer des propriétés des zones en fonction du roc, il faut s'appuyer sur des mesures scientifiques. Bien qu'on puisse deviner que le sol soit rocheux, il faut déterminer l'épaisseur du remblai sur le roc entre autres. Ce sont des données sensibles.»
Danielle Gilbert cite l'exemple de la cathédrale de Sherbrooke, située sur une falaise. «On convient qu'il peut y avoir des glissements de roc, mais jusqu'où permet-on la construction en haut et en bas de la falaise? Ces mesures-là n'existent pas pour le moment.»
La Ville de Sherbrooke compte par ailleurs s'attaquer à la classification des sols en 2015 et espère parvenir à modifier les normes en vigueur.
Des séances d'information et de consultation publique avaient en outre été organisées dans les six arrondissements de la ville, du 20 au 27 février pour transmettre davantage d'information aux citoyens concernés. Avant la révision du travail de cartographie, Sherbrooke comptait 384 zones à risque.