Full sentimental (ce jeu de mot est succulent)

C'est tristounet cette semaine dans les oreilles. Par chance que le printemps s'en vient (mais s'en vient-il vraiment? Hélala! Le pessimisme m'envahit.)
David Giguère
Casablanca
Audiogram
Les étalages des disquaires se sont garnis cette semaine du petit dernier de David Giguère: Casablanca. Celui qui nous a présenté son premier record Hisser haut en 2012 et qu'on a pu voir à l'écran dans le film Starbuck revient avec un nouvel opus, bouclé en 7 jours de studio sous la direction de Jonathan Dauphinais.
Un disque à livret rose très festif qui s'ouvre avec une phrase ben down: «Ceci est la représentation de deux personnes qui n'ont jamais réussi à exister. (ensemble)»
Ça va pas ben.
Casanblanca semble être une traversée houleuse sur une trame sonore brodée principalement dans une pop électro acoustique planante. S'habillant parfois de simples habits faits d'accords de piano ou de guitare, des titres noirs comme Tuons nos enfants, La Honte et Gun s'égrainent tranquillement. Comme une douce introspection à thématique triste.
On notera la jolie présence vocale d'Ariane Mofatt et de Camille Poliquin sur certains titres.
À la fin du livret, une citation de Camus: «Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi, un invincible été» suivi d'un: «Allo Soleil», comme toute dernière phrase sous les remerciements, viennent clore la traversée. Comme si Giguère avec Casablanca, avait exorcisé son dark pour en arriver à une certaine renaissance lumineuse.
Ça arrive à point avec le printemps.
William Fitzsimmons
Lions
Nettwerk Music Group
William Fitzsimmons donne le goût d'être en peine d'amour et de vider un pot d'Haagen Dazs au caramel en braillant.
Faisant suite à Gold in the shadow daté de 2010 et pour lequel les critiques furent élogieuses, son album Lions paru le 18 février dernier est FAIT pour feeler nostalgique et endeuillé. Le disque est produit par Chris Walla (guitariste de Death Cab for Cutie à qui l'on doit aussi la production de quelques parutions de Tegan and Sara, The Decemberists et The Postal Service) et présente des mélodies douces-amères, ficelées joliment dans l'acoustique et le folk. Même dans les pièces plus grouillantes telles que Fortune et From You, il traine une constante mélancolie. Peut-être à cause de la voix susurrée de Fitzsimmons qui, sans être mielleuse, enrobe les chansons d'une douceur pas tellement sucré.
Si on joue au jeu du pathos, c'est ici que je dois mentionner que l'auteur-compositeur-interprète à la barbe longue est né de deux parents aveugles, ce qui en fait un excellent candidat pour participer à La Voix. La conséquence heureuse, c'est que le jeune William a grandi dans un univers bordé de sons, particulièrement de musique. Ça développe l'oreille comme on dit.
Le bémol avec Lions est qu'il glisse longtemps sur les mêmes airs. Plus d'une fois j'ai eu une impression de «déjà entendu» en cours d'album. Comme si la même pièce était présente plus d'une fois. N'empêche que c'est un très bel album tout en finesse qui se déguste nonchalamment, entre un café et un journal, par journée de farniente (ou en pleurant toutes les larmes de son corps en pensant à l'être cher, parti avec une plus jeune, et en se disant «d'l'amour, j'en veux pus.»)