Jean Lacharité

Formation de la main-d'oeuvre: «Pourquoi se chicaner encore?»

«Ce budget est absolument décevant. Il a été fait comme un devoir obligatoire et il a été mal fait. Le gouvernement fédéral a encore une fois mis une croix sur le Québec», lance, plus tranchant, le vice-président de la CSN, Jean Lacharité, en pensant notamment au fait qu'Ottawa compte aller de l'avant, le 1er avril, avec la subvention canadienne à l'emploi alors que Québec refuse que le gouvernement fédéral touche à la formation de la main-d'oeuvre.
«Le fédéral vient écraser un champ de compétence fondamental du Québec et il n'est pas question de laisser faire cela. Pas question que le fédéral décide des secteurs d'emploi prioritaires pour le Québec. Ça va très bien avec le Conseil des partenaires du marché du travail. C'est une formule qui fonctionne extrêmement bien, même les employeurs le reconnaissent», ajoute M. Lacharité.
Même son de cloche du côté de la Maison régionale de l'industrie (MRI).
«Pourquoi se chicaner encore? demande le président de la MRI, Pierre Bélanger. Ce que le fédéral fait en ce moment, c'est de mettre de la pression sur Québec pour négocier, car Ottawa n'a pas la capacité ni les compétences de gérer ces programmes. Le gouvernement doit reculer sur ce point.»
L'intervention fédérale dans la formation de la main-d'oeuvre, un champ de compétence provinciale, n'est pas populaire autour de la table où plusieurs intervenants socioéconomiques sont réunis.
«Si chacun se mêlait de ses affaires, on ne paierait pas plus d'impôt et il n'y aurait pas de chicane. Le fédéral investit et croit ensuite qu'il a un droit de regard. Le fédéral devrait se contenter de ses champs de compétence. L'assiette fiscale serait plus grande pour les provinces et il y aurait peut-être plus d'argent pour les programmes provinciaux», évalue le vice-président régional chez Raymond Chabot Grant Thornton, Réal Létourneau.
Un budget politisé qui cherche davantage à plaire à l'Ontario, notamment avec les 500 M$ sur deux ans au fonds d'innovation pour le secteur automobile, qu'à l'électorat québécois.
«À chaque budget fédéral, ça revient. On parle de fédéralisme, de champs de compétences et d'intrusions. Il y a un certain malaise», soutient le maire Bernard Sévigny.