Fondu au noir

La milice death metal sherbrookoise Korpius éteint ses amplificateurs après dix ans de vociférations et de riffs foudroyants. Les explications avec deux de ses membres fondateurs, Philippe d'Astous et Maxime Berriault.
On dit trop peu à quel point jouer de la musique metal requiert, à l'instar d'autres genres comme le jazz, une exceptionnelle dextérité technique. «Il faut que tu pratiques tout le temps! Si tu ne pratiques pas assez, tu n'amènes plus de nouvelles idées et tu ne progresses pas. Il faut beaucoup répéter juste pour maintenir ses habiletés et pour maintenir la cohésion au sein du groupe. C'est énormément de temps à mettre, du temps qu'on n'avait plus», explique le guitariste et gueuleur Maxime Berriault, seul membre fondateur officiant toujours au sein du présent alignement de la formation death metal sherbrookoise Korpius, qui tire sa révérence la semaine prochaine après dix ans d'acouphènes infligés et à circle pits provoqués. «Il faut aussi dire que ça frappé fort quand Philippe est parti», ajoute-t-il.Philippe, comme dans Phillipe d'Astous, qui donnait naissance en 2003 à Korpius, formation qu'il codirigera avec Berriault en parallèle de sa vie de brillant étudiant en administration pendant près de neuf ans. Le doctorat en gestion de risques qu'il désirait décrocher à la Georgia State University forçait le chanteur, guitariste et principal auteur-compositeur de la troupe conjuguant mélodie et brutalité à abandonner ses collègues en 2012. «Si tout avait fonctionné comme prévu, le groupe aurait continué et je l'aurais réintégré dans cinq ans. Ou les gars auraient tout simplement pu continuer sans moi si Max avait trouvé quelqu'un avec qui composer. Ça m'aurait fait plaisir», explique-t-il depuis Atlanta.
Avec une feuille de route sur laquelle figurent un EP, Apocalyptic Vision, et un album complet, Shades of Black, paru à l'enseigne de la prestigieuse maison canadienne Maple Metal Records, ainsi qu'un cauchemardesque vidéoclip tiré de la pièce Awaking Terror, Korpius se mérite une place de choix au temple de la renommée du metal estrien. Les fans endeuillés pourront se consoler auprès de Paul Côté-Bérard, d'Alexandre Maillé et de Félix Lampron-Dandonneau, membres de l'ultime alignement de Korpius qui comptent fonder ensemble un nouveau groupe.
Mission accomplie
C'est au Tremplin 16-30, qui a pendant quelques années été le sanctuaire des metalleux sherbrookois, que Korpius hurlait pour la première fois sur scène. «J'étais encore au secondaire et on jouait avec des bands qui venaient de loin, des bands que Martin Bolduc [vétéran organisateur de soirées metal] invitait, se rappelle d'Astous. Ce sont mes plus beaux souvenirs. Ces premiers shows-là et la fois où a on a joué avec Quo Vadis à Québec.»
Le Bar Le Magog s'imposerait quelques années plus tard comme le carrefour de toutes les musiques tonitruantes en Estrie, accueillant presque chaque week-end jeunes forcenés locaux et gros noms du metal québécois. «L'arrivée du Magog a été importante, mais je me demande si ce n'est pas un couteau à double tranchant qu'il y ait des spectacles toutes les fins de semaine, observe Berriault. Quand il y a des shows tout le temps, les gens ne peuvent pas avoir l'impression à chaque fois que c'est un événement. Je pense que c'est plus dur d'amener plein de gens à ton show aujourd'hui que lorsqu'on a commencé.»
Korpius pose de plein gré un pied dans la tombe avec le sentiment d'avoir conquis les sommets qu'il devait conquérir et en pouvant se targuer de n'avoir jamais cédé aux effets de mode. Berriault: «On a souvent entendu d'autres groupes dire que leur but, c'était de gagner leur vie avec le metal. C'est beau de placer la barre haut et il faut avoir des objectifs, mais il faut aussi être réaliste. Gagner sa vie avec le métal, c'est très, très difficile et ça n'a jamais été notre objectif.»
«Tout ce que je voulais quand j'avais 16 ans, c'était avoir un band, faire un album et être un peu connu à Sherbrooke», conclut Philippe, visiblement satisfait. Mission plus qu'accomplie mon gars.
À retenir
Korpius
Vendredi 24 janvier à 20 h
Bar Le Magog (244, rue Dufferin)