Marie-Eve Gingras et Michel Harnois, de la Société d'histoire de Sherbrooke, ont prévu différentes activités d'animation dans le cadre de l'exposition « ennemis étrangers » présentée jusqu'au 6 avril.

Exposition: un coin de voile sur le camp Newington

Jusqu'au 6 avril, la Société d'histoire de Sherbrooke fait revivre un pan important de l'histoire de Sherbrooke dans le cadre de la Deuxième Guerre mondiale, mais très peu connue : le camp Newington.
Il s'agit de baraquements d'internement ayant accueilli jusqu'à près de 900 réfugiés juifs, déplacés de l'Angleterre, où ils avaient trouvé refuge pour fuir les persécutions nazies dans leur pays d'origine, notamment l'Allemagne et l'Autriche.
Le camp Newington, aménagé à la hâte à même les ateliers de réparation de locomotives de l'ancien Québec Central, où se trouve aujourd'hui le Centre de détention de la rue Talbot, faisait partie d'un ensemble de 10 sites canadiens de la sorte.
L'exposition, intitulée « Ennemis étrangers » et produite par le Centre éducatif de l'Holocauste de Vancouver, leur est consacrée.
« L'intérêt de cette exposition tient particulièrement au fait qu'il y a eu un tel camp à Sherbrooke. Ça fait partie de notre histoire. On y a ajouté notre couleur locale à partir d'archives, dont le fruit de recherches dans un mémoire de maîtrise réalisé sur le sujet par Geneviève Couture. Elle viendra d'ailleurs présenter une conférence à cet effet », note le directeur général de la Société d'histoire de Sherbrooke, Michel Harnois.
Pour la coordinatrice à la diffusion, Mare-Eve Gingras, il est assez paradoxal que le camp Newington, comme les autres, donnait asile à des civils juifs d'Europe menacés par les nazis, mais qu'ils étaient maintenus en détention comme des prisonniers de guerre et surveillés par des gardiens armés formés de vétérans de la Première Guerre mondiale. « Il faut dire qu'à l'époque, ces gens qui parlaient allemand étaient suspectés de devenir de possibles espions. On doutait de leur loyauté. Et pour les premiers mois, leurs conditions d'internement ont été épouvantables, surtout en matière d'hygiène », dit-elle à propos du contexte de confusion qui régnait à l'époque. Les réfugiés juifs sont arrivés au camp Newington à l'automne 1940 et pendant un an, ils ont vécu le sort de véritables prisonniers. « Après cela, ils ont eu le statut de réfugiés, mais ils n'étaient toujours pas libres de sortir du camp entouré de barbelés », rajoute Mme Gingras, signalant que les derniers juifs ont quitté à la fin de 1942... pour être remplacés par de véritables prisonniers de guerre, essentiellement des marins allemands, jusqu'à la fin de la guerre.
Le camp Newington avait la particularité d'abriter des jeunes, à 90 pour cent âgés de moins de 30 ans et généralement avec un solide niveau d'instruction. C'est pourquoi il y a notamment eu des activités scolaires pour leur permettre de progresser, en plus d'un programme de travail volontaire.
Outre les différents articles faisant revivre ce passé pas nécessairement très glorieux de Sherbrooke, en raison de décisions prises au haut niveau militaire à Ottawa, dans l'ignorance et l'improvisation, les groupes de visiteurs pourront participer à des jeux de rôle liés au fonctionnement dans le camp. Aussi, il y aura en différentes occasions des présentations spéciales, comme le 21 mars dans le cadre d'un 5 à 7, avec le témoignage du Torontois Eric Koch, ancien interné au camp Newington.