Sylvie Lavallière et Alexis Baldivia

Être proches, malgré la distance

Loin des yeux loin du coeur, dit le vieil adage. Loin des yeux près du coeur, peut-on parfois constater. en ce jour de saint-valentin, voici deux histoires d'amour singulières : l'une née à distance, l'autre qui dure malgré l'éloignement.
Cinq jours sur sept, Sylvie Lavallière et Alexis Baldivia vivent à des kilomètres un de l'autre. Pourtant, le couple a trouvé un moyen de partager son quotidien et de se retrouver, semaine après semaine, depuis près de 14 ans.
C'est au Cubano Club de Montréal que Sylvie et Alexis dansent pour la première fois ensemble. La Sherbrookoise était montée dans la métropole pour pratiquer ses pas de salsa. Depuis un an, le Cubain d'origine habitait Montréal où il travaillait dans une usine. Pendant deux ans, le couple fait des allers-retours sur la 10. Jusqu'au jour où Alexis déménage chez Sylvie à Sherbrooke. « C'est à ce moment qu'il a suivi son cours de camionneur, un projet auquel il pensait depuis longtemps », raconte Sylvie.
Juste avant la naissance de leur premier enfant, Camilo, Alexis commence à camionner. Leur fille Yudelcy vient au monde deux ans plus tard. Puis le fils aîné d'Alexis, Alean, vient vivre avec eux. Les kilomètres s'accumulent à l'odomètre du père de famille.
Sylvie regarde son téléphone portable. Ce vendredi, avant le retour d'Alexis, le couple a échangé 40 appels. « On est toujours au téléphone. Le matin, Alexis appelle pour nous dire bon matin. Puis, il demande qu'on le laisse sur le haut-parleur et il nous écoute nous préparer pour la journée. Des fois, on oublie qu'il est au bout du fil » raconte, rieuse, Sylvie.
« Aussi, quand c'est le temps des devoirs, je dis aux enfants d'appeler leur père pour qu'il les questionne sur leurs multiplications », ajoute-t-elle.
Lorsque Sylvie va aux réunions d'école pour les enfants, Alexis est au bout du téléphone pour écouter les commentaires des professeurs. La discipline se fait aussi à distance lorsque nécessaire. Et puis maman filme le premier cours de judo et la présentation théâtrale des deux plus jeunes enfants, qui ont aujourd'hui 9 ans et 11 ans, pour que papa assiste aux moments importants. De cette façon, Alexis prend part à la vie de tous les jours des siens, qu'il soit aux États-Unis ou en Ontario.
« Des fois, je fais la vaisselle ou l'épicerie et il est juste là, au bout du téléphone. Au nombre de fois qu'on se parle, on n'a pas toujours quelque chose à se dire, mais on reste en ligne en silence », raconte l'infirmière auxiliaire à domicile qui profite aussi de ses déplacements pour appeler son conjoint.
Comme une présence, ils s'écoutent vivre. À leur manière, ils sont ensemble.
Mais, Sylvie et Alexis ne se sont pas habitués à la distance pour autant, au contraire. « Je trouve ça plus difficile avec le temps. Même quand les enfants étaient bébés et qu'il y avait les courtes nuits et les couches, je trouvais cela moins dur qu'aujourd'hui. Je pense qu'au début, je me disais que c'était juste pour un certain temps et que bientôt il aurait un itinéraire local. La présence physique me manque. J'aimerais ça qu'on aille au resto ou au cinéma la semaine », confie-t-elle.
Et si Sylvie reconnaît que les étincelles des retrouvailles du vendredi soir sont le bon côté de la relation, Alexis, pour sa part, ne voit aucun avantage à ce mode de vie. « Aucun. Être loin de sa famille, il n'y a rien de positif là-dedans », lance le camionneur ajoutant qu'il est, pour le moment pris au piège. « J'ai acheté mon camion, une erreur, et là, je dois le payer. »
Le couple pensait se marier en 2011, mais a manqué de temps. « Peut-être l'an prochain », espèrent-ils.
Le sens de l'humour, le sens de la famille et la confiance sont un coeur de la relation de Sylvie et Alexis. La patience arrive également au sommet de la liste des qualités que chacun admire chez l'autre.
Bien sûr, chacun leur tour, ils ont leurs moments de découragement. Mais ils continuent d'espérer dormir ensemble sept jours sur sept, prochainement.
« Camilo me demande souvent quand papa sera à la maison tous les soirs. Je lui réponds toujours : un moment donné. Bientôt, j'espère. »