Luc Larochelle

Est-ce qu'on brasse les cartes ?

La première ministre Pauline Marois a officiellement déclenché les élections au Québec.
Quelle sera la représentation de l'Estrie dans un mois?
Si les paris politiques étaient autorisés, Loto-Québec aurait perdu plus d'argent qu'elle n'en aurait récolté en Estrie tellement de fois les résultats ont été prévisibles. La région en était une de stabilité.
Les députés sortants avaient quasiment l'assurance d'un renouvellement de mandat. Yvon Vallières a siégé durant 31 ans à l'Assemblée nationale; Monique Gagnon- Tremblay, 27; Madeleine Bélanger, 20; le péquiste Claude Boucher a été député de Johnson durant 13 ans; Pierre Reid a passé le cap de la décennie comme député d'Orford.
Cette fois, la sécurité d'emploi est loin d'être garantie puisque quatre députés sortants comptent seulement 18 mois d'ancienneté. Les deux recrues libérales, plus particulièrement, risquent de vivre une campagne d'assiégés. Serge Cardin a délogé Jean Charest en 2012 avec une majorité de 2642 voix. Dans quelle proportion le « vote anti-Charest », alimenté par la crise étudiante ainsi que l'usure du pouvoir, a-t-il pesé dans la balance?
M. Cardin a recueilli presque 16 000 votes, un plateau que seul Raynald Fréchette avait franchi comme candidat péquiste dans Sherbrooke, sous le régime de René Lévesque en 1981. Ça commence à faire un bail!
En contrepartie, même au creux de 2007, au moment où le PQ a été relégué à la deuxième opposition à l'Assemblée nationale et que la CAQ a récolté 6000 voix avec un inconnu à Sherbrooke, 12 000 électeurs sherbrookois sont restés fidèles à la formation que représente M. Cardin.
Celui-ci compte donc une base militante loyale et active, les deux atouts ayant permis à l'ancien premier ministre Charest de sortir victorieux de quatre élections et de représenter Sherbrooke durant dix années à Québec.
Comme membre du conseil des ministres et à titre de responsable de l'Estrie, le Dr Réjean Hébert a bénéficié d'une visibilité médiatique beaucoup plus grande que son collègue Cardin.
Bien que sa victoire ait été mince dans Saint-François (majorité de 65 voix) lors de la dernière élection, il sème sans arrêt dans sa circonscription depuis plus de six ans. Rappelons qu'il avait été également représentant du PQ à l'élection générale de 2008. Il a multiplié les annonces au cours des derniers mois dans la MRC de Coaticook, où il se doit d'augmenter ses appuis pour se donner un peu d'air.
Rien n'est jamais joué en politique, mais Philippe Couillard ne fonde sûrement pas de très grands espoirs de reprendre au ministre Hébert l'ancienne forteresse libérale que fut Saint-François du temps de Monique Gagnon-Tremblay.
La réalité étant davantage qu'après avoir perdu deux circonscriptions estriennes en 2012, pour la première fois depuis belle lurette, le PLQ pourrait reculer davantage en Estrie.
Les députés libéraux Ghislain Bolduc (Mégantic- Compton) et Karine Vallières (Richmond) devront résister aux assauts du Parti québécois, qui cible leurs sièges pour augmenter minimalement sa représentation de 54 à 63 députés, le seuil qui lui assurerait de former un gouvernement majoritaire.
Le courant plus favorable à Pauline Marois a pris sa source l'été dernier à Lac-Mégantic. On reverra régulièrement la première ministre durant la campagne puisque les péquistes veulent doubler leurs gains en région.
Du temps où Jean Charest et son parti étaient populaires, son autobus passait en coup de vent en Estrie. Les chefs des autres partis ne s'arrêtaient guère plus longtemps, sachant qu'ils ne récolteraient que peu de fruits de leurs visites en Estrie.
Le PQ n'a jamais compté plus de trois députés en Estrie. Une représentation à quatre constituerait donc un record.
Les années olympiques sont propices pour attaquer et éclipser les records, ne tardera pas à venir nous dire Mme Marois.