Élections et papillons

Il m'aurait été difficile de ne pas parler des élections. Ça m'a toujours vivement intéressée. Le et la politique. Peut-être davantage le politique parce que ça concerne les idées, les concepts. Ce qui meut et tient et articule le vivre-ensemble. Ce qui donne à penser l'homme, aussi, l'avenir. Et le présent, évidemment. Parfois, quand ce que je vois me donne la nausée, j'ai la possibilité de jongler avec des idées et de voir du mieux. Du «ça pourrait». Le réel me rattrape toujours, systématiquement et trop vite. Mais bon, ces petits espaces existent, au moins quelque part, dans ma tête.
Cela fait que. Je suis un peu perplexe de ce qui m'habite, en ce moment, par rapport à la politique. Je suis triste. Dans le sens fort du terme. De cette indifférence qui m'a prise, depuis le début de la campagne électorale. Pour la première fois, je me questionne même de ce que je vais faire de mon vote. Et je suis du type qui avait hâte d'avoir 18 ans pour pouvoir, enfin, voter. Et donner du sang. Et comme je n'y arrive pas tant à donner du sang [comprendre que les six fois où je me suis essayée, j'ai fini la tête en bas, en convulsions et que ça m'a diminué l'ardeur, mettons], ben tout mon enthousiasme se rabat sur le crochet que je m'applique à tracer sur mon bulletin de vote. Et ce qui le précède: programmes électoraux, articles et analyses dans les médias, joutes sur Twitter, les débats entre les chefEs, toute le kit.Mais là. Je m'y intéresse parce que je m'y oblige. Je m'y contrains, sans le plaisir que j'ai déjà éprouvé. Je le fais parce que je considère que ça fait partie de ma définition de tâches de citoyenne d'être «au courant». Point. Et sincèrement, cette attaque de désabusement, de pessimisme, de pourquoicestlaiddemêmedon', elle m'a «prise par surprise». J'ai fait le saut quand je me suis entendue penser des affaires auxquelles je n'avais jamais pensé, quand j'ai ressenti que la pertinence de mon vote ne m'était plus aussi claire et limpide qu'avant.
C'est que je la trouve petite la politique, plus que d'habitude. On cherche à faire peur, on nous saoule avec des chiffres, de la rhétorique poche. Mon reproche n'a rien d'original, je le sais ben. Mais je suis juste tellement lasse et bin'que trop jeune pour l'être. Lasse qu'on ne s'adresse pas vraiment à moi, l'électrice, qu'on parle à des génériques, au citoyen-moyen-qui-n'est-personne-au-fond, qu'on me parle avec un ton de robot, pas senti, ou pire avec celui du «bon père de famille» [peut-on assumer que je sois dotée d'un cerveau et que c'est à lui que j'aimerais qu'on s'adresse?], qu'on essaie de me vendre des affaires plutôt que de me proposer une vision dans laquelle je voudrais juste me garrocher. Josée Boileau soulignait très justement cela, dans les commentaires post-débat à Bazzo.tv, le manque de vision. De quelque chose qui porte, donne à rêver, à avoir envie d'être en société. Je n'ai retenu du débat que la couleur bleue et que ça faisait du bruit. Le reste s'est perdu dans un tas un peu confus.
Et ça me fascine qu'on se plaigne du fait que les jeunes électeurs ne votent pas suffisamment. On fait des campagnes [qui ne les rejoignent pas tant, je dis ça de même] sur l'importance du vote et quand vient le moment de s'adresser aux citoyens, on ne peut pas dire qu'on soit super inclusif des jeunes électeurs. Autant dans ce qui pourrait les préoccuper que dans ce qu'on peut leur proposer. Très sincèrement, je ne vois pas comment la majorité d'entre eux pourraient se sentir concernée, interpellée, qu'ils aient des papillons dans le ventre à l'idée de pouvoir exercer leur droit-devoir. À moins qu'ils fassent des efforts colossaux de projection, peut-être.
On fait de la politique pour la politique pas pour ceux qu'elle vise, au final. Alors, ça fait que des personnes comme moi, des personnes enthousiastes-de-ces-choses, finissent par s'intéresser à ce qui se dit sur le non-vote, sur la pertinence du geste dans un système comme le nôtre. Et ne le font pas seulement par souci théorique. Non, elles le font parce qu'elles n'y croient plus trop. Parce que les papillons sont morts-morts-morts. Et elles le font en essayant de lutter contre ce sentiment parce qu'elles considèrent quand même que ça serait un peu baisser les bras, que ça serait peut-être le premier pas vers un désengagement du politique et qu'elles n'ont pas tant envie de succomber à cette attaque d'indifférence.
Il me reste encore deux semaines. Ce questionnement me procurera au moins le petit plaisir de me faire vivre un auto-suspense jusqu'à ce que je me retrouve devant mon bulletin de vote [joie qui scintille deux secondes dans le fond des yeux].
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