Dura lex, sed lex

La loi est dure, mais c'est la loi. C'est la première chose qui m'est venue en tête à 19 h 30 vendredi dernier lorsque Sarah Maggali Namoutiri s'est envolée seule vers son pays d'origine, la République du Congo, laissant derrière elle son mari et ses trois enfants.
La locution latine m'est venue à l'oreille la première fois il y a quelques années par l'entremise d'un de mes profs de littérature, pendant un cours où l'on détaillait la censure au Québec au début du siècle dernier. Une période plutôt ennuyante pendant laquelle les remises en question n'étaient pas les bienvenues. Trop souvent, des décisions étaient prises tout simplement parce qu'elles faisaient partie d'un livre de règlements et non parce qu'elles étaient réfléchies.
Parce qu'il s'agit bien là du résultat d'un acte irréfléchi.
C'est la seule façon qu'il m'a été possible de rationaliser un acte insensé, soit celui d'arracher une mère à ses trois enfants, pendant que j'imaginais Sarah Maggali Namoutiri observer l'Amérique s'éloigner du haut des airs, à travers le hublot d'une place en classe économique (ah, période austère).
Dura lex, sed lex, dis-je.
Visiblement, le siège du ministre de la Matière grise semble vacant chez le gouvernement qui nous dirige.
S'il avait été occupé, on se serait sans doute préoccupé de prime abord des effets d'une telle séparation sur les enfants âgés respectivement de sept ans, trois ans et cinq mois, dont les deux derniers sont nés au Canada.
On se serait questionné sur les impacts à long terme d'une telle décision sur leur développement, car je me fous de savoir que Mme Namoutiri était sans statut depuis trois ans. Les victimes là-dedans, ce sont les enfants.
Il est connu que les nouveaux arrivants sont confrontés d'emblée à la précarité lorsqu'ils choisissent de s'installer au pays. La décision d'Immigration Canada est littéralement une bombe qui vient faire éclater le peu de stabilité dont pouvait jouir la famille d'origine congolaise.
Par ailleurs, je ne peux pas croire qu'une menace d'expulsion plane toujours sur l'ainée parce qu'elle n'est pas née ici; qu'on laisse pendre au-dessus de la tête d'une fillette de sept ans l'idée d'un sursis  le temps que des administrateurs puissent «évaluer les risques de son renvoi». C'est scandaleux et renversant.
On plaint l'Afrique lorsque des guerres y déchirent des familles et y créent des orphelins. Pensant sans doute trouver une certaine forme de sécurité ici, la famille Pika aura été victime d'une autre forme de combat, celui contre la bureaucratie.
Je suggère fortement qu'on agite le pommier du fonctionnaire d'Immigration Canada qui tentera de nous justifier qu'il est O.K. de renvoyer Sarah Maggali Namoutiri dans son pays en pointant du doigt que c'est écrit noir sur blanc sur un papier.
On pourrait aussi en profiter pour lui demander s'il n'y avait pas une meilleure façon d'aider le père à terminer ses études que de le rendre monoparental, lui qui en arrache déjà financièrement au point de devoir retarder des demandes de visas.
La famille d'origine congolaise était embourbée dans la merde jusqu'au cou. Longtemps reconnu à l'international comme étant un allier sur qui l'on pouvait compter, le Canada a plutôt choisi de poser le pied sur sa tête et de l'y enfoncer.
Dura lex, sed lex.