Il y a maintenant une semaine que Sarah Maggali Namoutiri a été expulsée du pays vers la République du Congo, après avoir dû laisser derrière elle son conjoint Pacôme Pika et ses trois enfants, âgés entre cinq mois et sept ans.

Douleur et déchirements pour Sarah Namoutiri

«Elle ne sort pas. C'est une situation difficile quand tu sais que tu as laissé tes enfants, tu n'as plus le goût de rien faire, rien ne t'attire.»
Voilà maintenant une semaine que Sarah Maggali Namoutiri a été expulsée du pays vers la République du Congo, après avoir dû laisser derrière elle son conjoint et ses trois enfants âgés entre cinq mois et sept ans. Le lendemain de son arrivée, la femme a pu parler à sa famille au téléphone. «C'est vraiment déchirant. Elle a eu du mal à parler aux enfants en retenant ses larmes», raconte son conjoint Pacôme Pika.
Les parents de Mme Namoutiri sont en France, et elle ne connaît pratiquement personne en République du Congo. Elle vit actuellement dans une chambre qu'elle partage avec des connaissances de sa famille. «Jusqu'à six heures avant son arrivée, on ne savait pas où elle allait rester. Pour le moment, ils acceptent de l'héberger, ils dorment entassés tous ensemble», poursuit M. Pika.
Seul avec les enfants
En attendant, le père de famille se retrouve avec les trois enfants à sa charge. «On est sortis au parc aujourd'hui [vendredi]. Ils voulaient y aller depuis lundi, mais je n'avais pas la force.»
Le CLSC ainsi que l'organisme Naissance Renaissance Estrie, entre autres, apportent une aide fort appréciée à la famille. En plus de gérer le tourbillon des enfants et de l'expulsion de sa femme, M. Pika s'est attelé à la tâche de se trouver un emploi qui lui permettra de mieux subvenir aux besoins de sa famille, dans le domaine des analyses chimiques ou biochimiques. «Il faut trouver le temps pour faire les démarches. Pendant ce temps-là, il y a la petite qui pleure... et les séquelles chez les enfants, à cet âge-là, ne sont pas toujours mesurables», remarque-t-il.
La déchirante histoire de cette femme expulsée pour des raisons administratives - notamment à cause d'un visa qui n'a pas été renouvelé dans la période de temps requise - a fait le tour du pays et suscité nombre de réactions de sympathie. «Pendant que la situation se déroulait, c'était difficile, et je n'étais pas allé sur internet. Là, après le départ, j'ai vu la portée médiatique de la situation», affirme M. Pika, qui raconte que des gens d'ailleurs au Canada mais aussi des États-Unis ou de France ont contacté sa famille.
Il n'est pas exclu que Sarah Maggali Namoutiri puisse éventuellement revenir au pays avec un nouveau visa. Pour l'instant, le couple essaie de régulariser sa situation et espère que le gouvernement sera sensible à ce que la famille vit. «Il y a pas mal de petits noeuds à dénouer. La finalité serait de mettre les pendules à l'heure, parce qu'il y a beaucoup d'irrégularités dans notre dossier. On fait les choses pas à pas.»
M. Pika continue quand même de lancer un appel aux autorités. «Je voudrais demander au gouvernement d'accorder à notre famille une seconde chance. On a eu un début difficile depuis notre arrivée au Canada, cette phase-là est une rupture qui nous permet de comprendre le système. On veut bien s'intégrer, comme on est déjà en train de le faire.»
Il espère le mieux pour sa conjointe d'ici à ce que la situation se règle. «Le mot sécurité chez nous [au Congo], ça n'existe pas. Il y a toutes sortes d'abus, d'arnaques, de violences. Quand il y a un pouvoir dictatorial, ce genre d'écarts ne sont pas médiatisés. Les femmes seules sont abusées, il n'y a pas de sécurité là-bas, ni de sécurité alimentaire. Les choses sont hors de notre portée.»