Les pompiers de Lac-Mégantic n'ont pas fini de combattre le douloureux souvenir de la nuit d'enfer du 6 juillet 2013. « Je pensais ne jamais revoir mes enfants » a raconté Claude Couette, troisième à partir de la gauche, entouré de ses collègues Alexandre Isabel, Éric Boulet et Dominic Dostie.

Des pompiers toujours hantés par le souvenir d'une nuit d'horreur

Les flammes de l'incendie du 6 juillet sont éteintes depuis longtemps, mais les pompiers de Lac-Mégantic n'ont pas fini de combattre ce qu'a laissé ce feu dans leur vie.Colères démesurées, pleurs inexpliqués, et réactions imprévisibles sont autant de symptômes de détresse qu'ont vécus plusieurs pompiers dans les mois qui ont suivi le plus gros défi de leur carrière.
Le lieutenant Claude Couette a même été troublé dernièrement par le sifflement des feux d'artifice de la St-Jean. Cela ne fait que quelques semaines qu'il est de retour au travail, après six mois au repos forcé.
« Au début, je n'étais plus moi-même, reconnaît-il. Maintenant les émotions ça va, mais il y a des choses auxquelles je dois encore faire attention. »
Claude Couette n'est pas le seul pompier à avoir souffert d'un choc post-traumatique à la suite de la catastrophe. Seulement dans le Service des incendies de Lac-Mégantic, ils sont cinq à avoir été en arrêt de travail, ce qui représente plus de 10 % des effectifs de la ville.
Le récit de cette nuit d'horreur met en lumière les péripéties traumatisantes de ceux qui ont été au front. Appelés aux petites heures du matin pour se rendre sur les lieux, les pompiers ignoraient la cause de l'incendie et ne pouvaient même pas se rendre à la caserne qui abritait les camions. En fait, ils étaient si près du feu qu'ils ne croyaient pas pouvoir s'en sortir vivant.
« Je pensais ne jamais revoir mes enfants, raconte Claude Couette. Je voulais les appeler pour les rassurer mais je ne pouvais pas. Je suis même entré dans des maisons évacuées pour essayer de les rejoindre, sauf qu'il n'y avait plus d'électricité nulle part. »
Une leçon qu'a également retenue son collègue Dominic Dostie.
« Maintenant, avant de partir, je dis à ma famille où je vais et quand je reviens. Surtout, je leur dis que je reviendrai. »
Avec le recul, plusieurs sont d'avis que l'incendie de l'usine Tafisa en 2006 a permis à la plupart du personnel du Service des incendies d'acquérir l'expérience nécessaire pour combattre un important brasier. Cependant, rien ne les avait préparés à ce qu'ils ont vécu dans les heures et les jours qui ont suivi la catastrophe. Un jeune pompier s'est même enlevé la vie au mois d'octobre dernier, suite la tragique découverte de son ex-copine dans les décombres du Musi-Café.
« C'était tous des gens qu'on connaissait, rappelle Claude Couette. À chaque jour, on retrouvait quelqu'un qu'on côtoyait au quotidien. »
L'événement aura néanmoins rapproché les pompiers de Lac-Mégantic, qui ont vécu cette guerre contre les flammes aux côtés de leurs confrères du Québec et du Maine. Les accolades et les longues poignées de main qu'ils se sont échangées sont le gage de la solidarité dans le milieu. D'ailleurs, Dominic Dostie soutient que la fraternité dans sa profession est plus forte que jamais.
« Que l'on soit temporaire, volontaire ou professionnel, ce jour-là, on était tous pompiers. »