Des perdants magnifiques

Les frères Coen sont une merveilleuse anomalie dans l'univers cinématographique américain. Chacune de leur production ne ressemble à rien de ce qui existe chez nos voisins du sud. Leur dernier film, Inside Llewyn Davis (excellent), ne fait pas exception à la règle. Ce nouveau long-métrage, gagnant du grand prix du jury à Cannes, met en scène un personnage paumé, pris dans une réalité tordue et improbable. Comme dans presque tous les films des frangins originaires du Minnesota. Rappel de quelques grands crus de la carrière de ces artistes uniques.
The Big Lebowski (1998)
Un film culte, qui réunit plusieurs des acteurs préférés des Coen, dont John Goodman, Steve Buscemi, John Turturro et pour la première fois, Jeff Bridges. Lebowski (magique Bridges), surnommé le Dude, mène une existence oisive de fainéant professionnel, passant le plus clair de son temps à jouer au bowling et à fumer des joints. Jusqu'au jour où une méprise d'identité le plonge dans une invraisemblable histoire d'enlèvement et de rançon. La scène du furet dans le bain et la danse de Jesus (méconnaissable John Turturro) au bowling sont des classiques de l'univers Coenien.
O brother, where art thou? (2000)
Road movie atypique inspiré de L'Odyssée d'Homère, O brother relate les pérégrinations de trois prisonniers en cavale dans le Mississippi de la Grande Dépression. George Clooney, en évadé fort en gueule obsédé par sa chevelure, est hilarant. Sa performance fut d'ailleurs récompensée aux Golden Globes de 2001 (meilleur acteur). L'esthétique de ce film s'avère aussi remarquable. Le travail fait sur les couleurs de l'image pour évoquer la chaleur et la misère du sud profond de l'époque est frappant. On a le sentiment que la pellicule a été laissée au soleil pendant une semaine tellement elle est décolorée... La bande-son est aussi d'une qualité supérieure, composée de savoureuses chansons traditionnelles (country, blues, folk, bluegrass) très présentes tout le long de l'aventure.
Fargo (1996)
Un vendeur de voitures usagées (William H. Macy) criblé de dettes engage des truands pour qu'ils kidnappent sa femme en leur proposant de partager la rançon que ne manquera pas de payer son fortuné beau-père. Comme dans tous les films des Coen, l'arnaque n'est pas si simple et sa conclusion l'est encore moins. Frances McDormand crève l'écran en policière enceinte de 7 mois qui enquête sur l'affaire. Fait à noter: le film a été tourné au Minnesota et au Dakota du Nord en janvier et le résultat est impressionnant. On a peu d'occasions de voir l'hiver à l'écran de cette façon. La saison préférée des Québécois joue un rôle dans le film, la neige enveloppant la pellicule de sa blancheur aveuglante et hypnotisante, sans compter les bruits des pas sur la glace qui craque, le vent qui hurle et les voitures qui râlent en raison du froid. Une ambiance pas banale.