Des molécules ajoutées à des produits domestiques sont dangereuses pour les foetus

Des molécules ajoutées à des produits domestiques courants sont associées à une baisse d'hormones thyroïdiennes de la mère et du foetus pendant la grossesse. Cette baisse peut causer de lourdes conséquences sur le développement du foetus.
<p>Larissa Takser </p>
L'avertissement vient d'une étude de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke (UdeS). Les PBDE (polybromodiphényléthers) sont des molécules synthétiques ajoutées dans les plastiques des ordinateurs, des tablettes électroniques et des fils électriques pour augmenter leur résistance à la chaleur.
On en trouve également à l'intérieur des voitures. Certaines fibres de tissus, comme le polyester, contiennent aussi des PBDE. L'étude conclut que les PBDE se libèrent dans l'air ambiant et se lient à la poussière lorsque ces plastiques sont chauffés.
Pédiatre et chercheuse, Larissa Takser s'intéresse de près à la toxicité des PBDE, rapporte un communiqué de presse de l'UdeS. Alarmée par certains effets toxiques de ces substances sur les animaux en gestation, elle a enclenché, dès 2007, une ambitieuse étude sur 800 femmes enceintes de la région de l'Estrie.
Les molécules de la famille des PBDE sont des perturbateurs endocriniens, souligne la professeure Takser. Ces substances sont susceptibles d'interagir avec les hormones produites naturellement par le corps.
Dans cette étude appelée GESTE (Grossesse et enfant en santé : étude sur la thyroïde et l'environnement), Larissa Takser et son équipe s'intéressent notamment aux effets des PBDE sur les hormones thyroïdiennes. Les échantillons de sang recueillis suggèrent que les PBDE produisent bel et bien un impact sur la production de la glande thyroïde, entraînant une baisse d'hormones chez la mère et le bébé. Une baisse qui peut avoir des effets malheureux sur le développement du foetus qui deviendra enfant.
Une baisse est associée à plusieurs problèmes de santé, reconnaît Larissa Takser, également chercheuse au Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS. Parmi ces problèmes, notons des troubles de l'attention, de l'apprentissage et du comportement tels que l'hyperactivité et l'anxiété.
Les hormones sécrétées par la glande thyroïde ont un effet stimulateur sur l'ensemble des fonctions du corps. Entre autres, elles sont indispensables à la croissance et à la maturation du squelette et du système nerveux, particulièrement le développement du cerveau, ajoute le communiqué.
Contrairement aux autres contaminants, dont les impacts sur l'organisme augmentent avec la dose, les perturbateurs endocriniens sont actifs à très petite dose. Les PBDE possèdent effectivement une structure chimique semblable aux hormones thyroïdiennes et aux contaminants BPC, bannis dans les années 70 à cause de leur haute toxicité. Les PBDE, comme leurs cousins BPC, sont des contaminants persistants : une fois introduits dans l'organisme, ils s'accumulent et y restent pour plusieurs années, explique-t-on.
Aux États-Unis, les concentrations de PBDE retrouvées dans le plasma sanguin des femmes enceintes sont de 20 à 100 fois plus élevées que ceux trouvés chez les futures mamans de Suède. De toutes les femmes enceintes sur le globe, les Américaines et les Canadiennes sont les plus exposées aux PBDE. Une preuve : les niveaux de PBDE relevés au cours des dernières décennies dans le lait maternel des femmes canadiennes et américaines augmentent exponentiellement. Ils doublent tous les cinq ans.