Des anges blancs dans les rues de Lac-Mégantic

Dès le début, quand Lac-Mégantic a été plongée dans les mesures d'urgence, les citoyens les ont surnommés les «anges blancs», à cause du dossard blanc qui les distinguait des autres intervenants dans les rues de la ville.
Dépêchés à Lac-Mégantic par le ministère de la Santé, au lendemain du drame du 6 juillet, ces intervenants psychosociaux venus des quatre coins du Québec sont arrivés en plein chaos.
Six mois plus tard, le dossard a été remplacé par un badge discret, mais le surnom est resté, ainsi qu'une équipe de 11 intervenants et 2 coordonnatrices.
«Les besoins, dit Mychelle Beaulé, la coordonnatrice clinique des services psychosociaux de rétablissement du CSSS du Granit, c'est la population qui nous les dicte. C'est une approche qui se construit au fur et à mesure, parce qu'on n'a pas de modèle sur un événement comme celui-là.»
Des chercheurs de l'Université du Québec à Chicoutimi s'intéressent d'ailleurs au travail qui se fait à Lac-Mégantic, informe sa collègue Céline Larin, coordonnatrice administrative des mêmes services.
De cette équipe de 13 professionnels toujours en place, 10 sont de l'extérieur de Lac-Mégantic (Sherbrooke et Magog notamment). Certains sont des retraités du monde de la santé appelés en renfort; la plupart préfèrent oeuvrer à temps partiel, pour protéger leur propre équilibre. Ces particularités amènent une richesse d'expertises et teintent leur approche.
«Ce qui a été très aidant, c'est d'avoir une équipe de professionnels de l'extérieur de la ville. Parce qu'on est un petit milieu où tout le monde se connaît, pour approcher cette clientèle habituellement autonome, c'est plus facile car ça leur assure une confidentialité», dit Mychelle Beaulé.
«On a une distance parce qu'on n'a pas vécu le drame, convient Liliane Mercier, mais en même temps, nos intervenants locaux sont des baromètres précieux de l'état d'âme de la population. Ils ont connu l'avant, le pendant et là on est dans l'après. Au quotidien, on profite de cette connaissance du milieu.»
Depuis six mois, ces anges blancs se sont ajoutés aux services psychosociaux réguliers du CSSS du Granit, qui ont continué d'être dispensés malgré les deuils du personnel en place.
«Nous on est là pour traiter les gens en post-trauma relié au sinistre. Mais les intervenants du CSSS ont continué de soutenir leur clientèle, même s'ils étaient eux-mêmes touchés par la tragédie. Ils ont tenus le fort tout le long et il faut reconnaître leur mérite», dit Mme Larin.- Jacynthe Nadeau