Débranche! C'est le temps des vacances...

Même s'il ne fait aujourd'hui plus de doute que la cyberdépendance est une dépendance au même titre que celle aux jeux de hasard ou à l'alcool, elle demeure un phénomène récent encore difficile à cerner pour les chercheurs et les intervenants. Surtout qu'elle se métamorphose rapidement au rythme de l'évolution des tendances technologiques.
« Il y a un débat à savoir à quel moment on considère qu'une personne est cyberdépendante. Il n'y a pas encore de diagnostic officiel », explique Magali Dufour, professeure spécialisée en toxicomanie à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke.
Il est difficile de simplement se baser sur un nombre d'heures d'utilisation comme indicateur de dépendance, mais le seuil de 67 heures par semaine, excluant les heures de travail, dénote une utilisation excessive chez les utilisateurs. « Plus de 67 heures par semaine, ça démontre une sérieuse perte de contrôle qui entraîne des conséquences significatives sur leur vie », précise Magali Dufour. Des conséquences qui sont par ailleurs d'aussi grande intensité que celles des autres types de dépendances.
C'est l'addiction aux jeux de rôle massivement multijoueurs, communément appelés MMORPG, qui a été principalement étudiée jusqu'à maintenant. « Ce sont des jeux très stimulants et sans fin. Même quand on est déconnecté, le jeu continue, ce qui incite les joueurs à jouer de plus en plus», soutient Mme Dufour.
Les accrocs aux MMORPG sont généralement des jeunes hommes ayant une faible estime d'eux-mêmes et éprouvant des problèmes d'adaptation sociale. Les joueurs se créent une identité en ligne au détriment de leur vie hors ligne. L'addiction peut même pousser les plus dépendants à ignorer les signaux de leurs corps, comme en témoignent les quelques cas de jeunes hommes morts d'un arrêt cardiaque devant leur écran après avoir passé plusieurs jours sans dormir ni manger.
Plus seulement les jeux?
Mais avec la multiplication des téléphones intelligents, tablettes et médias sociaux en tout genre, la cyberdépendance ne semble pourtant plus limitée aux adeptes des jeux de rôle en ligne. Des hommes d'affaires qui se lèvent en pleine nuit pour consulter leurs courriels sur leur BlackBerry aux adolescentes accrocs aux messages textes et aux médias sociaux, la cyberdépendance est-elle en train de s'étendre à l'ensemble de la population?
On évalue actuellement qu'environ 1 % de la population serait atteint de cyberdépendance, mais de nouvelles recherches et l'inclusion de nouveaux usages et comportements pourraient pousser cette proportion à la hausse.
« On n'a pas de recul sur les médias sociaux et les téléphones intelligents. L'explosion de Facebook a eu lieu en 2008, c'est encore difficile de définir la cyberdépendance pour ces types d'usage. Il faut identifier les différentes applications de ces nouvelles technologies et voir si elles ont des conséquences sur la vie des utilisateurs, si elles les empêchent de fonctionner normalement », explique Magali Dufour.
Demandes d'aide en hausse
La nature même de la cyberdépendance, qui est causée par des outils utilitaires utilisés de tous, rend son traitement délicat.
« L'abstinence est impossible. On pourrait comparer la cyberdépendance aux troubles alimentaires. On ne peut pas arrêter de manger. On ne peut pas couper le lien définitivement, il faut cibler les usages à proscrire et ceux qui sont corrects », commente Catherine Richard, travailleuse sociale au Centre de réadaptation en dépendance de l'Estrie.
Pour le moment, le réseau public québécois n'offre pas officiellement de programmes de traitement spécialisés en cyberdépendance, mais devant la hausse des demandes pour ce type de dépendance, les établissements les acceptent de plus en plus, même s'ils n'ont pas une offre de service spécifique. Le nombre de cliniques privées spécialisées en traitement de la cyberdépendance a aussi explosé dans les grandes villes occidentales au cours des dernières années.
« Chez les jeunes, c'est la plupart du temps la famille qui nous appelle pour demander de l'aide parce que leur fils ne va plus à l'école, qu'il ne fait plus rien d'autre », affirme Catherine Richard.
Chez les adultes, la demande d'aide vient à la suite d'une prise de conscience et d'une remise en question. « Ils sont tannés de leur mode de vie et voient les conséquences de leur dépendance sur leurs études. Ils veulent faire autre chose, aller travailler », explique Mme Richard.
Les cyberdépendants souffrent de problèmes physiques, passent des nuits blanches, s'absentent du travail ou de l'école et deviennent parfois endettés. « De ce que j'ai pu constater, la cyberdépendance est souvent accompagnée de problèmes de santé mentale ou de consommation de drogues », ajoute la travailleuse sociale.
« C'est certain que la question de la cyberdépendance devra être examinée au niveau gouvernemental pour que l'on puisse développer des méthodes de traitement efficaces », conclut Catherine Richard.