Laurent Tessier

De foi et d'amitié

Il y en a qui se laissent guider par la peur, d'autres par la passion. Après 32 séjours en Haïti, Laurent Tessier fait assurément partie de cette deuxième catégorie. «La peur, pour moi, n'est pas bonne conseillère», confie-t-il humblement.
Ce bénévole engagé connaît bien Haïti, sa chaleur et ses couleurs. Mais ce n'est pas pour les paysages qu'il y retourne chaque année. Ce sont plutôt les Haïtiens qui l'animent. Des êtres en or qui habitent un pays qu'on leur a presque volé. Un pays rongé par la corruption, mais où survit encore une joie de vivre désarmante.
Au moment de lire ces lignes, Laurent Tessier s'y trouve pour la 33e fois. Malgré les difficultés, il a encore espoir que le peuple haïtien récupère ce qu'on lui doit. «Les danses, les arts, les chants, c'est ce qui les fait vivre», fait-il valoir.
Âgé de 72 ans, il se rend là-bas deux fois par année, pendant deux mois et demi. Pas question de partir les mains vides. De l'argent dans les poches et un moral d'acier pour moteur, il atterrit chaque fois en se demandant comment il pourra se rendre utile.
«Je fais de tout là-bas, mais surtout de la peinture de bâtiment», dit-il. Il prend aussi du temps pour enseigner aux Haïtiens comment exercer ce métier. Mais seulement à ceux qui le veulent vraiment. «Tout ce qu'on fait dans la vie, on le fait bien ou on ne le fait pas», avance-t-il. Il prêche d'ailleurs par l'exemple.
Pour sa vente de garage annuelle - son plus gros moyen de financement -, il donne chaque fois le maximum de lui-même. D'un bout à l'autre, sa cour est remplie de vêtements, de meubles, d'appareils électroniques. Dans son atelier, il vend des oeuvres d'art haïtiennes originales.
Au final, tout l'argent qu'il ramasse va à Haïti. Cette fois-ci, il est parti avec près de 10 000 $. «Ce que je fais toujours, c'est d'expliquer aux gens qui achètent ce que leur argent vaut. Avec 22 $, tu peux nourrir une famille de deux adultes et deux enfants pendant un mois en achetant une poche de riz», soutient-il.
De la corruption à l'espoir
Ses dollars servent toutefois plus d'une cause. Une fois, il a repeint pour une femme les murs de sa maison... en rose. «Elle m'avait dit : «J'ai vraiment le choix? Depuis que je suis petite je voulais une maison rose».»
Des histoires comme celles-là, Laurent Tessier en a des tonnes. Certaines se terminent moins bien, comme cette fois où il a repeint les murs d'une prison. Il a alors demandé au directeur d'engager des prisonniers, qu'il comptait bien sûr rémunérer. L'argent a plutôt été dans les poches du directeur. «Encore une des raisons de la pauvreté, c'est vraiment la corruption. Ça me fâche, ça me fâche beaucoup», laisse-t-il tomber.
Cela ne l'empêche pourtant pas de rester optimiste. Même après avoir mis les pieds en Haïti, quelques jours après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, il garde espoir. Le courage des femmes haïtiennes, surtout, l'inspire. «Du matin au soir, elles n'ont qu'une idée en tête, envoyer leurs enfants à l'école», insiste-t-il.
Laurent Tessier aussi n'a qu'une idée en tête. Celle de soutenir du mieux qu'il peut ce peuple pour qui il a un immense respect. «Vous savez, je donne beaucoup, mais je reçois aussi tellement beaucoup», conclut-il.
Marié depuis 48 ans avec Raymonde Rousseau;
Père de cinq enfants, dont deux enfants qu'il a adoptés en Haïti;
A travaillé 26 ans à l'Université de Sherbrooke au prêt de l'équipement sportif;
A déjà été coopérant au Pérou, en Afrique du Sud et au Nicaragua;
A marché cinq fois le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle;
A obtenu la Médaille du lieutenant-gouverneur en 2012.