Jacques Roy et sa conjointe Danielle Marin ont tenté de faire renverser le transfert de leur fils d'une classe de communication à une classe accueillant des élèves de déficience intellectuelle moyenne (DIM), mais sans succès.

De dysphasique à déficient?

Un couple de Sherbrooke entend se battre afin d'éviter le transfert de leur fils dysphasique et ayant un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) dans une classe accueillant des élèves présentant une déficience intellectuelle moyenne (DIM), alors qu'il estime qu'il n'est pas déficient. Les parents ont tenté de faire renverser la décision de ce transfert qui survient en fin de parcours du primaire, mais sans succès. Danielle Marin et Jacques Roy craignent les conséquences d'un tel déplacement, notamment parce qu'il pourrait déstabiliser leur enfant.
La mère craint « de perdre son fils » s'il n'est changé d'établissement.
Le garçon, qui a été adopté par les Marin-Roy, a aujourd'hui 11 ans et fréquente une classe de communication de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), « avec des enfants dysphasiques comme lui », note Mme Marin. Lorsqu'il est arrivé chez le couple, il avait été de victime de maltraitance extrême. Or, envers et contre tous, même s'il partait de loin, le petit a réussi à progresser.
« Notre enfant devrait rester dans l'école où il est présentement. De toute façon, il lui reste un an à faire », a plaidé Mme Marin mardi soir devant les commissaires de la CSRS (...) On l'envoie dans une classe de DIM alors qu'il n'est même pas diagnostiqué. »
Danielle Marin remet en question les façons de faire utilisées lors du processus d'évaluation mené à la CSRS, entre autres les moments où les examens ont eu lieu. Son enfant a vécu une régression en raison de sa médication, mais une modification de celle-ci a amélioré son état. « Ça faisait huit ans qu'on tentait de trouver la bonne médication pour le TDAH de notre fils (...) On a trouvé la bonne et il est plus réceptif. Le tort est fait, c'est sûr qu'il y a des années à reprendre, mais il va les reprendre. »
« La commission scolaire croit qu'il a une déficience, ça fait un bout qu'elle nous en parle. La dysphasie, ça peut ressembler un peu à de la déficience. »
« C'est une tendance générale de mettre les enfants dysphasiques dans des classes de déficience intellectuelle », estime pour sa part la directrice générale de Dysphasie-Estrie, Maryse Le Meur.
Mme Le Meur connaît bien l'enfant, qui fréquente le camp de jour estival et les ateliers de stimulation de l'organisme. L'enfant a un trouble du langage sévère affectant son rythme d'apprentissage, mais « n'est en rien assimilable à une déficience intellectuelle », assure Mme Le Meur.
Comme il répond bien aux approches de Dysphasie-Estrie, l'organisme aurait été prêt à offrir « un accompagnement au personnel scolaire afin de mettre en place des outils appropriés à ses difficultés ».
Directrice générale adjointe aux affaires éducatives à la CSRS, Marie-Claude Lunardi assure que le processus suivi est très rigoureux. « Cette classe va répondre à ses besoins », assure-t-elle en soulignant que plusieurs intervenants ont été impliqués dans ce dossier, dont le CRE et le CRDITED. « Ils (les membres du comité de révision de décision) n'ont pas pris la décision à la légère. Ce sont des situations complexes, humaines. Ça a été fait avec un grand sérieux. »
Pourquoi ce changement d'école alors qu'il lui ne reste qu'un an de primaire à faire? « On pense qu'un an, ça peut faire une bonne différence pour le cheminement d'un enfant. On pense que ça peut l'aider s'il reçoit le bon programme. Chaque année où on attend, ça peut creuser un écart... »