David Goudreault lance en septembre un troisième recueil, S'édenter la chienne.

David Goudreault, le plus honnête des arracheurs de dents

Dans S'édenter la chienne, son troisième recueil à paraître en septembre, David Goudreault radiographie ses peurs à l'aide de ce puissant rayon X communément appelé poésie. Premier regard avec l'auteur sur son oeuvre la plus toute nue à ce jour.
Ils sont rares les artistes qui se livrent avec autant d'abandon que David Goudreault, poète éternellement associé au slam qui raconte sur son plus récent album, La faute au silence, l'avortement qu'a un jour dû subir une ancienne amoureuse et qui n'a jamais fait de cachette en entrevue sur son orageux passé de jeune bum. Téméraire honnêteté sans masque, ni cassette.Mais pourtant, plus souvent qu'à son tour, David Goudreault tourne noblement le regard vers l'autre, se mesure à de grandes questions sociales, préfère le collectif à l'intime. Voilà ce qu'on aime appeler l'énigme David Goudreault, que l'on sait avoir fréquenté la noirceur sans pour autant savoir dans quoi cette noirceur est enracinée. S'édenter la chienne, son troisième recueil de poésie à paraître en septembre aux Écrits des Forges et auquel nous avons pu jeter un oeil, se dessine comme la clé de voûte permettant de résoudre cette énigme.
Parce que S'édenter la chienne (comme dans l'expression «avoir la chienne») montre un David Goudreault qui méthodiquement arrache de sa bouche chacune des dents qu'ont fini par gâter les trop nombreuses peurs qu'il ruminait et qui le réduisaient en esclavage (peur de la colère qui l'habite, peur de l'amour, peur du bonheur). Une chirurgie sans anesthésie à laquelle le poète se soumet au risque de cracher un peu de sang sur la page et d'éclabousser ceux qui l'entourent. Tu voulais salir ton image David?
«On souligne souvent mon côté travailleur social engagé, qui parle de problèmes sociaux, ça me colle à la peau. Comme j'ai un souci de me débarrasser du plus d'étiquettes possible, je me suis dit: "Je vais plonger, je vais faire quelque chose de plus introspectif." Pour moi, être un peu plus trash n'était pas une finalité en soi, mais un moyen. Ça grafigne un peu plus, oui, il y des choses plus confrontantes pour mes proches, mes ex. Il y en a qui risque de se reconnaître.»
Chacun des dix chapitres de S'édenter la chienne, tous composés de seize poèmes (pour les seize dents que nous avons en paquet de deux dans la bouche), radiographie une partie de l'âme ou du coeur de David Goudreault l'amant, l'amoureux pleutre d'hier et celui comblé d'aujourd'hui, l'ancien toxicomane, le conducteur, le citoyen indigné, etc. Une forme qu'ont tranquillement esquissé et imposé les longues heures qu'il passe derrière le volant.
«J'ai fait 75 000 kilomètres cette année pour donner des conférences et mon principal outil, c'est la dictaphone. À chaque semaine, je le vide. J'ai fini par avoir un document Word de 200 pages, pleine de petites idées à gauche, à droite. J'ai vu que des thèmes se dégageaient et j'ai travaillé autour de ces thèmes-là.»
Garder ses démons au plus près
L'ombre de plusieurs poètes plane sur S'édenter la chienne, dont celle du regretté Chaouin Yves Boisvert et de Gérald Godin, à qui David Goudreault rend hommage en pastichant Mal au pays, féroce pamphlet fustigeant toutes les sangsues qui sucent le sang du système et auquel le Sherbrookois confère ici une portée plus globale.
L'autodérision, denrée rare en poésie, perce de petites trouées de lumière parmi ce recueil dense et volumineux, révélant un Goudreault qui, étonnement, lutte toujours au quotidien avec ses démons. «Il n'y a rien de douloureux que j'ai vécu qui est complètement derrière moi. Si je laisse ça derrière moi, c'est dangereux, ça pourrait revenir me hanter par surprise. Je préfère garder tout à côté de moi, avoir ça à l'oeil.»
Alors, ça fait mal, s'arracher des dents à froid? «Ça a été moins pénible que je le pensais. Quand tu mets une peur en lumière, elle disparaît, elle est beaucoup moins effrayante que lorsque tu la sens tapie dans l'ombre.»