Dennis Lehane

Dans Un pays à l'aube avec Dennis Lehane

«C'étaient les problèmes d'emploi qui avaient tout déclenché, il le savait, les ouvriers blancs ayant peu à peu acquis la certitude que s'ils étaient pauvres, c'était la faute des ouvriers noirs qui les dépouillaient de leur travail et de la nourriture sur leurs tables.»
Après l'armistice de 1918, l'Amérique se remet difficilement de la Première Guerre mondiale. Les soldats reviennent dans un pays qui s'est littéralement métamorphosé en leur absence. Le marasme socio-économique qui frappe de plein fouet Oncle Sam est un terreau fertile pour la haine. Mais de cette descente aux enfers naît de nouveaux idéaux. Le vrai combat peut commencer. C'est le début des luttes syndicales et des mouvements de défense de la cause noire.
C'est à travers trois personnages qui n'ont rien en commun que Dennis Lehane attaque de front un des plus importants passages historiques des États-Unis. Danny Coughlin, fils aîné d'un légendaire capitaine irlandais de la police de Boston, Luther Laurence, jeune ouvrier noir de l'Ohio, et Babe Ruth, mythique joueur de baseball, spectateur lucide mais immobile face aux tiraillements de son pays. Ces derniers devront livrer la bataille la plus importance de leur vie. «Gémissements, lamentations, pleurs - autant de cris d'impuissance émanant d'êtres frappés par une violence aveugle et condamnés à ne jamais obtenir justice en ce monde.»
Auteur de plusieurs romans à succès dont les fameux Mystic River et Shutter Island, l'écrivain américain sort de sa zone de confort avec Un pays à l'aube... et c'est probablement tant mieux pour nous. Un roman autant remarquable qu'inclassable. D'une justesse magistrale, même les grands puristes en resteront bouche bée.
Cette fresque littéraire prend aux tripes, questionne, cultive et captive le lecteur jusqu'aux derniers mots. Un portrait épique, politique et social d'un monde en pleine effervescence et à la recherche de liberté. «Vous, les Américains, vous avez toujours le mot liberté à la bouche, mais moi je ne vois que des esclaves qui se croient libres.»