Jimmy Hunt présente sa Maladie d'amour ce samedi au Boquébière.

D'âme et de corps

Jimmy Hunt chante l'âme qui erre et les corps qui se frottent sur un génial deuxième album, Maladie d'amour. Une maladie contagieuse, blaguerions-nous, si ne nous savions pas résister au doux plaisir d'un jeu de mots un brin prévisible.
Nous écrivions en janvier dernier, au moment de dresser la liste des concerts à ne pas manquer en 2014, qu'il y a bien juste Jimmy Hunt pour émouvoir avec une chanson dans laquelle il traite son ancienne institutrice, Marie-Marthe, de «vieille conne». La ballade, bardée de claviers empruntés à un disque de méditation, incarne toute la ruse de la manière Hunt, auteur de refrains qui charment d'emblée et qui révèlent peu à peu, au fil des écoutes, leur profonde singularité. Pour le dire bêtement, Jimmy Hunt écrit comme personne d'autre n'écrit des chansons que personne d'autre n'écrit.«Quand quelqu'un nous marque en bien ou en mal, on pense à elle pour le reste de sa vie, c'est curieux», commente-t-il au bout du fil de sa voix nasillarde reconnaissable entre toutes. «Je pense souvent à Marie-Marthe, qui était une prof très froide, une soeur qui nous faisait réciter le chapelet et chanter des chansons religieuses le matin. J'imagine que c'était une femme très solitaire. Elle prétendait être très proche de Dieu, mais si la religion ne te réconcilie pas avec les autres, je ne vois pas à quoi ça sert, c'est un fail total. Ma chanson n'est pas une vengeance ou une insulte. J'essaie juste de lui dire que je ne l'ai pas oubliée.»
Tenir à son jizz
Avec son deuxième album solo, Maladie d'amour, l'ex-Chocolat réapparaissait cet automne là où on ne l'attendait pas, aux côtés de synthétiseurs joués en partie par le Sherbrookois d'origine Christophe Lamarche-Ledoux, à la barre de chansons aux ambiances onirico-languides et aux rythmes parfois lascifs, méditations surréalistes sur le cul (Nos corps) et sur la vie de l'âme après la mort (Don't le me go). Loin des élucubrations dylano-dutronesques de son premier album homonyme, porté aux nues par la critique en 2010, si vous préférez.
En évacuant largement le folk qui lui avait permis de frapper à la porte de l'autobus du show-business et du grand public, Hunt jouait d'une certaine témérité et prenait le risque de s'aliéner les mélomanes acquis à la cause de ses refrains grattés simplement à la guitare acoustique.
«Si on table sur les ingrédients d'un succès pour donner suite à un succès, on est dans la répétition et ce n'est plus de la création, ça devient de la stratégie, du marketing, une démarche commerciale. Je n'oserais pas dire que c'est un album en réaction à la vague folk actuelle, mais quand j'ai commencé à travailler sur l'album, je trouvais qu'on était peu saturé de sincérité et de simplicité», précise-il, en étouffant un rire. «L'enrobage folk donnait un ton de sincérité à mon premier album, mais il faut dire qu'il y avait déjà beaucoup d'ironie, d'humour noir et d'autodérision, ce qui n'a pas toujours été perçu.»
Gros désir d'indépendance donc, affirmé dans l'emploi des synthétiseurs et jusque sur la pochette de Maladie d'amour, insolite scène XXX entre deux pachydermes. Le patron de ta maison de disques a dû adorer.
«Quand j'ai envoyé le courriel avec la photo, on m'a répondu: "Ha, ha", comme si je blaguais. Il a fallu que je répète que j'étais sérieux. Je trouvais la photo très belle. C'est un vrai polaroid d'un photographe qu'on n'a pas été capable de retracer. Ce qui donne l'illusion d'un jizz d'éléphant, c'est le papier de la photo qui est déchiré. La maison de disques a voulu me le faire enlever, mais je tenais à le garder.»
Trois chansons de Maladie d'amour commentées
Christian Bobin.
Sur un rythme disco, Hunt s'adresse à l'écrivain français, un homme de foi. «C'est drôle, je viens de finir un livre de Frédéric Beigbeder, Dernier inventaire avant liquidation, dans lequel il se moque de Christian Bobin. Il lui rentre dedans parce qu'il aime les fleurs et la nature. Bobin, c'est un solitaire, un contemplatif que les banalités du quotidien comblent. C'est comme s'il était constamment sous LSD. Il regarde un coucher de soleil et il plane.»
Devant chez toi
La grande chanson de Maladie d'amour. Jimmy Hunt renoue avec l'intrigante figure du vagabond voyeur qui rôdait déjà dans Ronde. Un homme bienveillant et/ou inquiétant grille des cigarettes à l'extérieur de l'appartement d'une fille, la nuit, sans que l'on sache trop de quelle menace il veut la protéger.
«C'est parti d'une anecdote simple. Pendant un bout, parce que j'avais à faire dans le bout, je passais souvent le soir devant chez une amie. À chaque fois, je regardais l'heure par la fenêtre. J'ai imaginé ce personnage-là, qui resterait dehors à fixer l'horloge sur la cuisinière, en fumant. Ça pourrait être une histoire d'amour, mais c'est louche. Je trouve que c'est une image forte. C'est rare qu'on arrive à une image fleur bleue, mais un peu creepy en même temps.»
Un nouveau corps
À première vue, Jimmy Hunt se languit d'une présence féminine. Un examen plus attentif des paroles révèle que c'est de se glisser littéralement dans un nouveau corps dont rêve le narrateur de cette étrange ballade, qui cristallise le mieux la tension entre le spirituel et le charnel à l'oeuvre sur Maladie d'amour. «Un nouveau corps parle d'un désir de dématérialisation, un désir d'habiter quelque chose d'autre. Une autre dimension, peut-être. Qui n'a jamais rêvé de passer une journée dans le corps de quelqu'un d'autre?»
À retenir
Jimmy Hunt
Samedi 22 février à 21h
Boquébière (50, rue Wellington Nord)