Imacom, Frédéric CôtéLouis Lapierre, dont le fils de sept ans a reçu un coup de pelle (jouet) au visage dans la cour de l'école primaire Saint-Antoine est insatisfait de la façon dont les autorités scolaires ont géré l'incident. La direction, elle, soutient avoir pris toutes les dispositions requises.

Commotion parentale pour un coup de pelle en plein visage

La Commission scolaire de la Région-de- Sherbrooke (CSRS) s'est mise en valeur la semaine dernière en annonçant qu'elle n'exposerait plus les élèves de moins de 14 ans à des contacts physiques durant des matchs de football en raison des risques de commotions cérébrales.
Voilà la CSRS confrontée à un autre type de commotion, une commotion parentale provoquée par une altercation survenue mercredi dernier dans la cour de l'école primaire Saint-Antoine, dans l'arrondissement de Lennoxville.
Un élève de sept ans a administré un coup de pelle au visage d'un autre enfant du même âge. L'éclopé est parti en ambulance, des points de suture ont été nécessaires pour refermer une plaie au nez.
La photo accompagnant cette chronique montre le visage tuméfié de l'enfant à partir du portable de son père.
«Sans jamais admettre que c'était grave, la direction de l'école m'a dit : faites-nous confiance, laissez-nous gérer ça. Désolé, mais je ne marche pas. Il ne faut pas associer à une querelle d'enfants un geste qui est plutôt de la violence gratuite», dénonce Louis Lapierre.
On tombe dans l'arbitrage et l'arbitraire, selon l'appréciation de chacun. «L'enfant fautif a été suspendu pour deux jours et, à son retour, il a présenté une lettre d'excuses à la victime.»
«Si une personne est attaquée pendant qu'elle marche dans la rue, l'agression est sans contexte. Ça, c'est de la violence gratuite. Quand il y a altercation entre deux enfants, à mes yeux, c'est de la violence conflictuelle», fait valoir le directeur de l'école, Jean-Marie Marcotte.
Ce dernier a géré le différend en se référant au protocole d'intervention du Plan de lutte contre la violence et l'intimidation à l'école Saint-Antoine adopté par le conseil d'établissement en avril 2013.
M. Lapierre prétend que les cas d'intimidation et de violence sont préoccupants à l'école Saint-Antoine.
«Pas plus qu'ailleurs. C'est la première fois qu'un cas nécessite un transport par ambulance», pondère la porte-parole de la CSRS, Diane Blais.
«Je comprends la réaction de M. Lapierre. Mon fils n'est peut-être pas parti en ambulance, mais il a lui aussi reçu un coup de pelle d'un autre étudiant, en avril 2012, à la même école. J'avais dû l'amener à l'hôpital pour une chirurgie mineure au visage. Je m'étonne que l'établissement n'ait pas encore réglé ce problème», témoigne une autre mère, Sophie Desloges.
Selon Mme Desloges, son fils avait été violenté avec une pelle métallique utilisée par l'équipe d'entretien. Le jeune Lapierre, lui, a été blessé avec une des pelles de plastique avec lesquelles les enfants sont autorisés à jouer.
«Un bâton de hockey qui n'est pas utilisé convenablement peut causer des blessures. C'est pareil avec une pelle qui doit normalement servir de jouet», répond à ce sujet le directeur.
En poste depuis sept ans, M. Marcotte, n'a toutefois pas souvenir de l'épisode de la «pelle du concierge».
Lors de l'élaboration de sa politique de gestion de conflits, l'école Saint-Antoine avait interrogé ses élèves. Les résultats du sondage sont présentés comme trame de fond du Plan d'intervention disponible sur internet.
Ils font sourciller, car un segment de 4,4 pour cent des élèves a affirmé être victime de violence physique fréquente et un autre 29 pour cent de violence physique occasionnelle (une fois par mois).
Dans une école primaire, qu'un élève sur trois se déclare victime de violence physique une fois par mois, n'était-ce pas le signe d'un malaise profond?
«Il aurait fallu être plus spécifique dans la description de ce qu'est une agression physique. Je conviens que, tels que présentés, ces chiffres peuvent être de nature à inquiéter des parents. Les enfants ne vivent toutefois pas dans un contexte d'affrontements et de tensions», assure le directeur de l'école Saint-Antoine.
Louis Lapierre a contacté la police afin qu'elle s'intéresse à l'agression dont son fils a été victime.
«On m'a répondu que les policiers ne s'occupaient pas de discipline dans les cours d'école. Je n'en revenais pas», rapporte-t-il.
«Légalement, notre pouvoir d'intervention commence à partir de 12 ans. La semaine dernière, de nos agents sont allés dans une autre école de Sherbrooke pour donner suite à une plainte. Trois jeunes de 12 ans feront face à des accusations de méfaits et d'intimidation pour s'en être pris à un autre élève en lui lançant des morceaux de glace» précise le relationniste du Service de police de Sherbrooke, Martin Carrier.
«Suite à l'incident de la pelle, j'ai pris l'initiative de contacter l'agente de la sécurité du milieu affectée à notre territoire et je lui ai demandé de venir participer à un atelier de prévention avec nos élèves. Nous faisons tout ce que nous pouvons afin de promouvoir le respect», insiste le directeur de l'école Saint-Antoine.
Un coup de pelle au visage dans une cour d'école, c'est de la brutalité valant deux jours de suspension. Un double échec au cou dans l'effervescence d'un tournoi de hockey, c'est de la virilité punissable avec deux minutes au cachot.
Nos enfants peuvent bien être mêlés dans nos règles de discipline!