CHUS : 10,3 M$ pour les heures supplémentaires

Pour la première fois depuis 2009, les heures supplémentaires n'ont pas connu d'augmentation au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Cette statistique permet à l'établissement de croire que ses efforts pour atteindre les cibles fixées par le ministère de la Santé et des Services sociaux portent leurs fruits.
<p>Sasha Cardinal</p>
Selon des statistiques compilées pour La Tribune, ce sont principalement les infirmières qui sont appelées à travailler davantage, puisqu'elles réalisent près de la moitié des heures supplémentaires pour l'ensemble du centre hospitalier, qui a adopté récemment un budget de 476 M$.
Rappelons que le directeur général du CHUS, le Dr Stéphane Tremblay, avait affirmé la semaine dernière que les heures supplémentaires constituaient une pression importante sur le budget de l'organisation. Pour l'année 2013-2014, ce sont 10,3 M$ qui ont été versés pour du travail effectué après les heures régulières, tout titre d'emploi confondu. De cette somme, 5,6 M$ ont été versés aux infirmières.
L'année précédente, des 10,1 M$ consacrés aux heures supplémentaires, la part des infirmières représentait 5,5 M$.
«L'année 2013-2014 a été celle de la stabilisation. Depuis 2009, la pénurie de main-d'oeuvre s'accroit. Les heures supplémentaires augmentaient chaque année. Cette année est la première où il n'y a pas de croissance», confie Sasha Cardinal, directrice adjointe pour la direction des ressources humaines et de l'enseignement au CHUS.
«Le temps supplémentaire, il est normal d'en avoir et d'en faire et nous ne pourrons jamais le réduire à zéro», nuance-t-elle, affirmant toutefois que l'institution prend les statistiques au sérieux et souhaite s'améliorer pour retrouver des proportions plus normales. Le CHUS étant un hôpital ouvert 24 heures, les besoins de main-d'oeuvre sont importants.
Les cibles du ministère de la Santé et des Services sociaux sont établies pour chaque établissement en fonction et de son historique et de son contexte. Au CHUS, pour la dernière année, la cible était de 3,13 % des heures travaillées qui pouvaient avoir été effectuées en temps supplémentaire. La performance du centre hospitalier est plutôt de 3,94 %. Pour les infirmières, la cible de 5,44 % est dépassée avec un résultat de 6,67 %.
«Le CHUS n'a recours à aucune infirmière d'agence, contrairement à d'autres établissements au Québec. Ce serait facile de le faire, mais c'est un choix qu'on fait chaque année parce que ça entraînerait des coûts importants et ça crée un double statut. Nous souhaitons plutôt stabiliser les gens dans nos équipes de travail. Cette décision nous oblige à gérer notre pression nous-mêmes avec les ressources que nous avons. D'ailleurs, le ministère demande aux établissements de réduire leurs recours à la main-d'oeuvre indépendante.»
Une position qui est partagée par le président du syndicat interprofessionnel de la santé du CHUS Guillaume Carette. «Nous sommes pas mal contre les agences privées. La tentation serait grande de travailler pour ces agences, où il est possible de choisir son horaire et pratiquement son salaire aussi. Ça dégarnit le réseau public. Syndicalement, c'est difficilement défendable d'aller chercher du personnel d'agence. Nous préférons les ententes avec les retraités qui peuvent être réembauchés.»
Selon lui, les secteurs les plus touchés par les heures supplémentaires sont notamment la néonatalogie, la maternité et les urgences.
Congés parentaux et congés pour études
Pour expliquer l'importante proportion de temps supplémentaire, Sasha Cardinal avance qu'une importante vague de retraites a frappé le CHUS dans les cinq dernières années. «Environ 80 % des gens que nous embauchons pour les remplacer ont 35 ans ou moins. Ça amène des phénomènes importants en matière de congés sociaux. Les jeunes prennent beaucoup de congés pour études. Au 31 mars 2014, nous avions 1475 infirmières. 158 étaient en congé pour études et 208 en congé parental. Dans les quatre dernières années, ces deux phénomènes se sont accrus de 28 %.»
Sasha Cardinal entrevoit toutefois l'avenir avec positivisme. Plusieurs actions sont déployées (voir autre texte) pour améliorer la situation. L'embauche de 206 infirmières l'an dernier, contre 160 en moyenne dans les années passées, constitue une bonne nouvelle. L'objectif est néanmoins fixé à 260. À l'échelle du Québec, 3400 nouvelles infirmières seraient nécessaires pour combler tous les besoins.
Quant au taux d'absentéisme au CHUS, Mme Cardinal assure qu'il est stable. «Le taux d'heures supplémentaires est un indicateur qui démontre qu'il y a des risques. Quand nous l'améliorerons, de façon indirecte, le taux d'absentéisme sera meilleur également. Mais les accidents de travail sont en baisse, alors il n'y a pas de lien direct avec les heures supplémentaires.»