Plus du quart des jeunes de moins de 20 ans décrochent avant même d'avoir en poche leur diplôme d'études secondaires, et ce malgré les projets financés à même les fonds publics pour contrer le fléau.

«C'est comme si on n'existait pas!»

«L'école, ce n'est pas pour moi». Une phrase toute simple, lourde de sens. Encore aujourd'hui, plus du quart des jeunes de moins de 20 ans décrochent avant même d'obtenir un diplôme d'études secondaires. Pourtant, depuis plusieurs décennies, les gouvernements qui se sont succédé n'hésitent pas à financer une multitude de projets, à même les fonds publics, pour contrer ce fléau.
<p>Mylène Rioux</p>
Qu'est-ce qui se passe? Mylène Rioux, coordonnatrice du Centre d'éducation populaire (CEP) de l'Estrie, a sa petite idée sur la question.
«Je suis convaincue que nos décideurs tentent de trouver des solutions pour freiner le décrochage scolaire, mais malheureusement, je ne crois pas qu'on s'y prend de la bonne manière. Dans les classes, on continue d'enseigner comme si chaque enfant apprenait de la même façon. C'est une erreur magistrale. La normalisation des évaluations ne permet pas à tout le monde de démontrer leur plein potentiel. Il faut donner davantage d'outils aux personnes sur le terrain afin de leur permette de personnaliser leur approche avec les étudiants», clame Mme Rioux.
Il faut dire que la coordinatrice du CEP parle en connaissance de cause. «Nous recevons régulièrement dans nos locaux des victimes du système scolaire. Des gens qui n'ont pas réussi à suivre le programme qu'on leur a proposé».
Toutefois, Mme Rioux est consciente qu'il existe d'autres facteurs qui expliquent le décrochage scolaire, tels que le milieu familial et les problèmes de dépendance aux drogues. «Évidemment, il subsiste plusieurs causes au décrochage, mais il faut quand même avouer que le système d'éducation actuel a besoin d'un petit rafraîchissement.»
Même si le CEP de l'Estrie n'offre pas de diplomation, son équipe n'hésite pas à vanter les avantages de l'organisme communautaire. «On travaille avec les forces et les faiblesses de chacun de nos élèves. Notre objectif est de sortir du système purement bureaucratique afin d'offrir une nouvelle chance à nos usagers», précise Mme Rioux. Cependant, selon cette dernière, certains facteurs comme le financement peuvent nuire aux chances de réussites des élèves du CEP.
Financer le milieu communautaire
Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du sport (MELS) fonctionne avec une enveloppe de près de 16 millions de dollars annuellement, soit plus de 20 pour cent des dépenses du gouvernement provincial. Malgré tout, les organismes communautaires oeuvrant dans le domaine de l'éducation peinent à subvenir à leurs besoins financiers. Difficile à comprendre.
«Nous recevons une bonne subvention du MELS, mais nous n'avons pas été indexés à l'inflation, ni eu d'augmentation au cours des six dernières années. Le problème, c'est qu'aujourd'hui nous n'arrivons plus à répondre à la demande. C'est triste, mais nous avons maintenant une liste d'attente», se désole Mme Rioux.
Qui plus est, le financement n'est pas le seul obstacle pour le CEP. Les commissions scolaires ne semblent pas s'intéresser au travail des organismes communautaires. «C'est comme si on n'existait pas. Tout le monde travaille de son côté. Je crois que nous détenons tous une partie de la solution au problème que représente le décrochage scolaire. Il faut apprendre à travailler ensemble pour le bien commun. L'éducation, ce n'est pas une compétition, c'est un besoin essentiel».