Alex Nevsky : « Je suis à la fois anonyme et numéro un à la radio. »

«C'est Alex Nevsky, ça, tabarouette!»

Numéro un dans les radios FM, mais anonyme dans la rue, Alex Nevsky gagne peu à peu le Québec à la cause de sa pop-raffinée-mais-pop-quand-même. Et puis, au fait, il ne sait pas exactement ce que veut dire le texte de son tube On leur a fait croire.
Quelque chose se passe pendant le spectacle intime que donne Alex Nevksy en ce mercredi midi dans la grande cafétéria de l'Université de Sherbrooke. Quelque chose qui ne pourrait mieux décrire la place qu'occupe ces jours-ci le jeune auteur-compositeur dans l'écosystème musical québécois. Après trois ou quatre chansons, le barbu qui à côté de l'auteur de ces lignes avalait jusque-là sa soupe en toute indifférence pour l'autre barbu qui s'échine sur scène, se relève la tête, l'air hébété, puis s'exclame : « C'est Alex Nevsky ça, tabarouette! » Le Nevsky en question vient tout juste de plaquer sur son clavier les premières notes de son succès Les coloriés.
« Je suis à la fois anonyme et numéro un à la radio », résume le nouveau chouchou des ondes hertziennes en entrevue. Plus exactement artiste émergent, mais pas encore tout à fait chanteur populaire, donc.
C'est toi qui as changé ou les radios qui ont tendu les bras aux « pa-pa-pa-pa-pa-pa » de ta pop-raffinée-mais-pop-quand-même? « Je pense que ce n'était pas dans le son de Rouge FM, par exemple, et qu'ils ont fait de la place pour mes tounes. Ça amène plein de nouveaux fans dans mes salles. Je suis content d'hameçonner les gens avec les hits radio et de leur faire découvrir le reste de ce que je fais, toutes les autres chansons plus introspectives. Ça peut avoir l'air cool de se complaire dans le champ gauche et de ne pas vendre d'albums, mais je suis content qu'il y ait une ouverture. »
Ouverture qui n'aurait bien pu pas se créer, n'eût été de On leur a fait croire, ver d'oreille adopté par TVA dans une campagne de pub, un imparable tube que le plus russe des Granbyens a presque exclu de son deuxième album, Himalaya mon amour.
« La chanson ne devait pas être sur le disque, confie-t-il. On l'avait essayée quatre ou cinq fois et à chaque tentative, ce n'était pas bon, on n'avait pas le bon groove dans les couplets, ce n'était pas ça. Ce n'était vraiment pas ça. Une semaine avant la fin du mixage, j'ai dit : "On la ressaye, ça ne se peut pas que cette toune-là ne soit pas sur l'album." On a passé quatre ou cinq heures à gosser et, à la fin de la journée, on a pogné un début de quelque chose. » 
Pendant qu'on y est, que désigne le « leur » de On leur a fait croire? À qui tu parles, Alex? C'est, comme dirait l'autre, pas clair-clair. « Je me le demande moi aussi! C'est con, han? On leur a fait croire, c'est une chanson d'amour détournée, un couplet que j'avais écrit il y a six ans pour ma blonde autour duquel j'ai ensuite bâti le reste. L'intention de l'auteur est floue et les lectures sont très diversifiées. Il y en qui pense que c'est une toune d'amour. Il y en a qui pense que je parle à des danseuses nues. Les gens viennent me voir après les shows pour me dire : "Heille, j'ai gagé avec mon amie que ta toune parle de ça, est-ce que j'ai raison?" Je ne peux pas répondre. »
Le réflexe de tout scraper
Fleur délicieusement vénéneuse arrosée par les larmes de plusieurs ruptures, Himalaya mon amour révélait un Alex Nevsky en proie au plus ravageur des désespoirs amoureux. Craint-il de devoir se replonger dans le même état de douleur quasi paralysante pour écrire son prochain album? « Oui, je suis un épais! Je sais qu'il faut que j'aie mal. Quand ça va trop bien, mon réflexe naturel, c'est de tout scraper. Je suis en couple depuis un petit bout et on a été proche de se laisser trois fois. On s'aime, c'est débile, mais on est niaiseux. »
Dans l'intermède, le beau niaiseux a au moins le mérite de tenter de se soigner. « Je suis en train d'écrire une toune super estivale pour Brigitte Boisjoli et c'est agréable. J'ai eu la chance de rencontrer Alexandre Jardin et je lui ai dit que je me sentais mal d'écrire des chansons joyeuses. Il m'a répondu d'arrêter de m'en faire avec ça. Je pense que je vais l'écouter. » Bonne idée.
À retenir
Alex Nevsky
Samedi 22 mars à 21 h
Boquébière (50, rue Wellington Nord)