Denis Arcand et Alain Côté

Centre-ville: il faut travailler le sentiment d'appartenance

S'il y a des gens qui ont adopté le centre-ville, ce sont bien les locataires de la Coopérative du Possible, rue Brooks, considérée comme la première coopérative d'habitation de la région. Pour attirer d'autres résidants dans le secteur, ils croient qu'il faudra renforcer le sentiment d'appartenance.
Ces citoyens ont accepté de partager leurs pistes de solution après qu'un restaurateur eut lancé un cri du coeur au moment de la fermeture de son commerce, en début de semaine.
Denis Arcand, membre de la coopérative, est né au centre-ville. «La coopérative a été fondée en 1973. C'était d'abord une commune qui visait à sortir les personnes handicapées des institutions. La deuxième année, ils ont décidé d'axer leur mission sur la famille. Ils ont fait appel à ma mère, qui a commencé à solliciter des dons. Il y avait des besoins flagrants dans le secteur Centre-Sud. Les gens défavorisés vivaient principalement dans le quartier.»
S'il estime que le taux de roulement est moins élevé chez lui que dans les appartements du voisinage, l'homme croit qu'il faut donner le crédit au sentiment d'appartenance. Un sentiment qui contribue à développer le tissu social. «Cette année, les familles ont commencé à prendre leur place dans le parc Antoine-Racine. Les gens de mauvaises moeurs sont moins tentés de venir dans ce temps-là», précise Denis Arcand.
Si on en croit celui qui a passé une partie de sa vie au centre-ville, ceux qui désirent s'y installer doivent être ouverts d'esprit. «Toutes sortes de monde se retrouve là. Ça bouge plus...»
Dès le retour des vacances, les membres de la coopérative feront d'ailleurs leur part pour attirer de nouveaux résidants en travaillant au développement de la coop. Elle possède huit immeubles pour le moment, mais pourrait en acquérir d'autres. «Il y a des propriétaires dans le coin qui sont là juste pour ramasser leur chèque à la fin du mois. Il faudrait qu'ils entretiennent un peu plus leurs bâtiments», plaide M. Arcand.
Pour lui, comme pour son voisin Alain Côté, il n'est pas question de déménager. Tous deux apprécient la possibilité d'accéder à tous les services dont ils ont besoin à distance de marche. Et ils se félicitent que des jeunes âgés de 25 à 35 ans s'établissent près de chez eux avec l'intention d'y rester.
C'est le cas de Mélissa Hamel, récemment nommée présidente de la coopérative. «Je suis arrivée au centre-ville à 18 ans. Plus tard, je suis partie pour trois ans au Saguenay avant de revenir vive ici. J'aime que tout soit proche et que les loyers soient encore abordables. Mais à la base, je suis venue pour le projet de coopérative. Je suis pour la mixité de la population. Au centre-ville, je souhaite voir autant des jeunes professionnels que des étudiants et des personnes retraitées.»
À son retour du Saguenay, Mme Hamel a noté les changements flagrants sur la rue Wellington Sud. Mais elle a aussi senti une plus grande ouverture de la population du centre-ville. «Nous nous occupons du parc Racine. Nous prenons soin de notre territoire et c'est devenu un milieu de vie plus agréable.»
Joëlle Crevaux, jeune mère de famille, a aussi choisi le centre-ville. «Avant, on voyait plus de délinquants. Si nous occupons l'espace avec des familles et des professionnels, ça pourrait changer. Ça influencera les gens qui sont déjà sur place et modifiera la vie de quartier. On entend que le secteur peut être dangereux, mais si on reste ici, ça peut changer.»
Interrogés quant aux éléments qui pourraient faire du centre-ville un milieu de vie plus agréable, ces membres de la coopérative lancent l'idée d'un parc à chiens, d'un jardin communautaire et d'une quincaillerie de quartier.