Les propriétaires de bâtiments situés dans la zone confinée du centre-ville de Lac-Mégantic ignorent toujours ce que l'avenir leur réserve. Le gouvernement péquiste avait promis en février dernier une enveloppe de 20 millions pour le rachat des édifices, mais le dossier demeure en suspens depuis l'élection du gouvernement libéral.

Centre-ville de Lac-Mégantic : les propriétaires de bâtiments dans l'incertitude

Pour les propriétaires de bâtiments situés dans la zone encore confinée du centre-ville de Lac-Mégantic, la situation actuelle devient de plus en plus difficile à soutenir.
Marie-Josée Godbout est propriétaire du restaurant Poulet Frit Idéal, situé au Centre sportif Mégantic (CSM). Elle a fait la demande d'être relocalisée à cet endroit après la fermeture du centre-ville qui a suivi la catastrophe.
Sa bâtisse sur la rue Frontenac n'est pas contaminée et, physiquement, semble encore parfaitement viable. Très heureuse de son ancien emplacement, Mme Godbout aimerait y retourner lorsque la zone rouge sera rouverte à la circulation. Il faut dire que son restaurant était très fréquenté par les résidents et les travailleurs du centre-ville.
«On veut y retourner, mais il faut que ce soit accessible, nuance-t-elle. Il va falloir avoir un certificat de non-contamination, sinon les institutions financières ne voudront pas me prêter de l'argent ou financer quelqu'un qui voudrait l'acheter plus tard, parce que ça représente un risque pour eux.»
La commerçante, qui est aussi éducatrice spécialisée, prévoyait finir de payer son hypothèque dans cinq ans. Aujourd'hui, comme elle doit assumer un bail et une hypothèque en même temps, elle essuie des pertes de 25 000 $ par semaine. Malgré l'ajout d'un service de traiteur et le développement du nouveau secteur de la rue Papineau, elle sait que l'avenir de son restaurant n'est pas au CSM.
«Je ne pense pas qu'on va en sortir gagnant», admet la commerçante, qui craint d'être rachetée à rabais par la Ville. Selon la dernière évaluation de la valeur de sa propriété, elle devrait vendre à 200 000 $ de moins que ce qu'elle avait payé en 2009, malgré les améliorations qui ont été faites au restaurant depuis ce temps.
Raymond Lafontaine est lui aussi dans le doute. Le copropriétaire de l'Édifice Frontenac, dont le mur pare-feu a contribué à freiner la progression de l'incendie, sait bien que le temps ne joue pas en sa faveur. La Ville a évalué sa bâtisse au tiers de sa valeur à 1,2 M $ en février dernier, mais il craint que l'état de sa propriété ne devienne un facteur.
En effet, les fenêtres laissées ouvertes et les trous faits dans le toit par la sécurité civile ont laissé s'infiltrer les intempéries, causant une détérioration prématurée de l'intérieur de l'édifice. Selon M. Lafontaine, d'autres propriétaires au centre-ville ont appris qu'il y avait des problèmes d'infiltration d'eau trop tardivement pour limiter les dégâts.
Il est encore trop tôt décider de ce qu'il fera de son immeuble d'à peine huit ans, dont le taux d'occupation était excellent.
«Si le gouvernement veut payer le prix que ça vaut, on verra», avance-t-il prudemment
Raymond Lafontaine se demande pourquoi ce dossier prend autant de temps. En février dernier, le ministre Sylvain Gaudreault avait promis une enveloppe de 20M $ pour le rachat des bâtiments. Depuis le changement de gouvernement au mois de mars, il n'y a pas d'avancée majeure dans le règlement de la situation.
«C'est un concours de qui paie le moins vite. On dirait qu'ils veulent affamer les gens.»
Du côté de la Ville, on réitère que la balle est dans le camp du gouvernement provincial. Le montant qui leur sera accordé n'as pas été confirmé, et la façon dont il sera octroyé n'est pas établie.
«C'est le gouvernement qui décide de la ligne du temps, on est à la remorque de ce qu'ils veulent faire», affirme le porte-parole de la Ville Louis Longchamps.