Campagne électorale... et publicitaire

Les électeurs désabusés qui croyaient avoir une nouvelle option avec le « Parti dans l'Sud », qui s'affichait dans les derniers jours à Sherbrooke, ont rapidement déchanté. La pancarte électorale, qui se fond parfaitement dans le décor de la présente campagne, est plutôt une offensive publicitaire... qui contrevient à la réglementation municipale.
L'idée, lancée par Escapades Memphrémagog, qui gère les croisières sur le Grand Cru, ralliait une quinzaine d'intervenants du milieu touristique des régions de Magog et de Sherbrooke. L'objectif était d'offrir un forfait regroupant plusieurs attractions de la région.
« Nous avons commencé l'installation de pancartes lundi. Nous avions ciblé particulièrement la région de Montréal, notamment Longueuil, Saint-Hyacinthe et Beloeil, mais aussi Sherbrooke et Magog. Depuis quelques jours, les municipalités nous appellent pour que nous retirions ces affiches. Nous pensions qu'elles seraient tolérées dans le contexte. Nous voulions faire un clin d'oeil au froid et à la campagne électorale », explique Annie Brunelle, directrice générale adjointe d'Escapades Memphrémagog.
À la ville de Sherbrooke, Danielle Gilbert, directrice du Service de la planification et du développement urbain, confirme que l'annonceur est en infraction. « Puisque la pancarte n'est liée à aucun parti ou candidat reconnu, elle n'est pas autorisée. Avant de procéder au retrait systématique, nous tentons de retrouver la personne responsable de la publicité et s'il y a collaboration, nous lui laissons quelques jours pour retirer elle-même sa publicité. Sinon, nous enlevons l'affiche et nous pouvons imposer une amende. »
Annie Brunelle admet avoir omis de vérifier la réglementation municipale. « Nous avons toutefois fait une vérification auprès d'un avocat impliqué en politique. Il nous disait qu'il n'y avait aucun problème en lien avec la loi électorale. »
Vérification faite auprès du Directeur général des élections du Québec, la loi électorale encadre l'affichage des partis ou candidats dont la candidature est approuvée. « Nous étudions la notion de dépense électorale pour voir si elle favorise ou défavorise un candidat », se contente de répondre la porte-parole Stéphanie Isabel, ajoutant que le bureau du DGE ne commente pas des cas précis. Une publicité n'ayant aucun impact sur les campagnes ne serait donc pas réprimandée par le DGE.
Annie Brunelle confirme que les pancartes seront enlevées partout dans les prochains jours. « Nous avions l'intention de les retirer à la fin de la campagne, mais nous devrons devancer. Nous avons vraiment procédé de bonne foi. »
Mme Brunelle se défend d'avoir désobéi à la réglementation volontairement. « Je ne suis pas pour le principe du "parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en". D'un autre côté, nous ne sommes pas surpris non plus. Il est vrai que si c'était permis, tout le monde accrocherait des pancartes sur les poteaux », explique-t-elle, estimant que la campagne publicitaire a tout de même atteint son but.
L'organisme paramunicipal Destination Sherbrooke, partenaire des forfaits offerts dans la publicité, indique quant à lui qu'il n'était pas au courant de la forme que prendrait la campagne publicitaire. « Nous ignorions qu'il y aurait des affiches sur les poteaux », fait valoir le coordonnateur aux communications Jean-François Duval.
Il ne s'agit pas de la première publicité qui profite du contexte d'une campagne électorale. En 2004, Labatt avait créé un faux parti pour les élections fédérales. Le chef du Parti bleue, Jonathan Bleue, était interprété par le comédien François Maranda. Dans une campagne provinciale, la boutique de vêtements pour hommes Henri Vézina avait « habillé » les chefs Jean Charest, Mario Dumont et Bernard Landry en ajoutant une pancarte promotionnelle directement sous celle des politiciens. Enfin, le site d'offres d'emplois Workopolis a profité de la dernière élection municipale à Montréal pour apposer un autocollant « Bienvenue chez Workopolis » sur les pancartes des candidats défaits.