Jim Flaherty

Budget Flaherty: l'équilibre sur le dos des démunis

Les groupes sociocommunautaires et syndicaux de l'Estrie estiment que la recherche de l'équilibre budgétaire du gouvernement Harper se fait sur le dos des plus démunis.
<p>Plusieurs représentants de groupes sociocommunautaires et syndicaux ont participé, mardi, à l'écoute collective du budget Flaherty organisée par Solidarité populaire Estrie. À l'avant-plan, on reconnaît Marco Labrie, directeur général du Carrefour de solidarité internationale, André Nault, président des Amis de la Terre de l'Estrie, et Normand Couture, de l'Association des locataires de Sherbrooke.</p>
Et pour comble d'insulte, selon eux, les conservateurs avaient visiblement les moyens d'atteindre le déficit zéro dès cette année, plutôt que d'engranger en prévision de l'année électorale 2015. C'est la conclusion générale à laquelle ils sont arrivés, mardi, alors qu'ils étaient réunis dans les locaux de Solidarité populaire Estrie pour analyser les faits saillants du budget de Jim Flaherty.
«C'était une année pour investir dans l'emploi, se désole Sylvie Bonin, de l'ACEF-Estrie (Association coopérative d'économie familiale). Chez nous, on dirait qu'on les sent plus aujourd'hui qu'en 2009, les impacts de la récession. Alors l'idée d'être super austères pour se garder de beaux surplus pour 2015, c'est encore plus choquant. (...) Ils avaient les moyens de faire plus contre la pauvreté.»
Le conseiller régional de la FTQ Ricky Lewis a dénoncé pour sa part les 51 millions $ saupoudrés dans une foule de mesures pour l'emploi. «À travers le Canada, ça ne représente même pas 2 $ par personne! s'insurge-t-il. Alors que c'est une année où on aurait dû investir davantage pour relancer l'économie, on va se retrouver sur le neutre pour une année encore. Ces 51 millions séparés par petites tranches vont occuper les bureaucrates sans que personne en profite réellement.»
Dans la même veine, Normand Couture de l'Association des locataires de Sherbrooke a constaté sans surprise que le gouvernement refuse de prolonger les subventions aux ménages locataires au-delà des fins de conventions. «Ça fait en sorte qu'en 2014-2015 au Québec, il va se perdre 2000 logements subventionnés et 2000 de plus en 2015-2016. Pour ces ménages, ça représente des hausses de loyer entre 200 et 400 $ par mois (...). À Sherbrooke, entre 2006 et 2011, il y a eu une augmentation de 12 pour cent des ménages locataires qui défraient plus de 50 % de leur revenu pour se loger. Quand notre gouvernement dit que l'économie va bien, on ne sait pas pour qui.»
«(...) pendant qu'on cherche l'équilibre budgétaire, il y a des gens qui ne sont pas capables de se loger et qui ne sont pas capables de se nourrir convenablement. Ce budget-là écrase à peu tout ce qui ne fait pas partie du un pour cent des gens riches. Encore une fois on va devoir continuer la lutte», ajoute M. Couture, en annonçant du même souffle pour le jeudi 20 février à Sherbrooke une grosse manifestation «contre le gouvernement Harper».
Marco Labrie, du Carrefour de solidarité internationale, partageait leur insatisfaction. «Je vois que le gouvernement investit 195 millions $ pour développer les échanges commerciaux, note -t-il. Or je vous rappelle que lors de la manifestation d'hier (à Montréal lundi, 250 personnes ont protesté contre «le détournement de fonds» de l'aide internationale), on dénonçait le fait que dans le dernier budget, 200 millions avaient été réservés pour l'aide internationale et ont été retournés dans les coffres du Trésor sans avoir été utilisés...»
Enfin, sur le front environnemental, André Nault des Amis de la Terre de l'Estrie a relevé des décisions qui l'inquiètent quant aux priorités des conservateurs, énumérant notamment des coupures de 8,4 pour cent dans la sécurité ferroviaire, la fermeture de cinq bureaux de réponse en cas de déversement de pétrole à travers le Canada, mais des subventions de 1,4 milliard $ aux pétrolières. «Ça n'a rien de rassurant avec ce qu'on a connu à Lac-Mégantic», lance-t-il.