Benoit Dionne

Brompton: le mot «défusion» revient régulièrement

Si Bernard Sévigny n'avait jamais entendu le mot « défusion » s'échapper de la bouche de quiconque avant la sortie du député Serge Cardin, le maire de Sherbrooke aurait eu tout intérêt à se présenter lundi soir à la séance du conseil de cet arrondissement.
En réaction aux propos émis dans La Tribune par le péquiste sherbrookois Serge Cardin, Bernard Sévigny s'est avoué surpris.
« Ce n'est pas un mot que j'ai entendu jusqu'à maintenant dans les débats. Il n'est pas question de s'imaginer un scénario de défusion en ce moment. La position de mon équipe semble se situer au milieu de celle des élus en général. On ira donc de l'avant avec cette proposition », a-t-il lancé.
Lundi soir, le mot défusion revenait pourtant régulièrement lors des échanges entre les trois conseillers de Brompton et les citoyens invités à faire valoir leur opinion sur les changements espérés par l'Équipe Sévigny concernant la structure politique et les services de proximité.
<p>Lucie Caron</p>
Rappelons que le maire souhaite voir le nombre de conseillers passer de 19 à 12 et espère diminuer le nombre d'arrondissements de 6 à 4, ce qui inclut notamment une fusion entre Brompton et Fleurimont.
« Je suis pour la négociation, mais pas à sens unique, a laissé savoir la citoyenne Lucie Caron. Mais la négociation doit se faire des deux côtés. Sinon, j'opte pour la défusion! »
« La fusion de Brompton avec Sherbrooke, ça n'aurait jamais dû se faire, clame le citoyen Pierre Pouliot. Ce que je ressens aujourd'hui, c'est de la tristesse pour ceux qui ont négocié les droits qui nous étaient acquis et que l'on perdra avec la réforme. Les petits se font toujours manger par les gros lors des fusions. »
« Il a été prouvé que les fusions n'amènent pas d'économies, au contraire, elles alourdissent l'administration municipale. Il y a peut-être moins d'élus, mais il y a beaucoup plus de fonctionnaires. C'est trop simple de dire que les coupures, ça apporte des économies », souligne Suzanne Philips-Nootens, citoyenne de Brompton et professeure émérite de la faculté de droit de l'Université de Sherbrooke.
Le souhait de Nicole Bergeron
En guise de réponse à ces affirmations, la présidente de l'arrondissement de Brompton, Nicole Bergeron, a répliqué qu'elle souhaiterait d'abord voir les élus s'opposer à la proposition actuelle du maire Sévigny.
« On pourrait alors soumettre une nouvelle proposition pour satisfaire le désir global du conseil municipal. Si ça ne fonctionne pas, on effectuera des démarches pour voir notre arrondissement se défusionner et redevenir la municipalité de Bromptonville. Depuis deux ans, les gens m'en parlent. Mon souhait est de demeurer avec Sherbrooke, mais de voir les élus respecter les conditions établies lors de la fusion. »
Questionné au sujet d'une possible défusion de Brompton, le ministère des Affaires municipales a confirmé qu'un projet de défusion devra entraîner une modification à la législation, soit à la constitution ou aux lois.
« Un député doit demander ces modifications. Ce sera la même marche à suivre si la Municipalité souhaite fusionner des territoires ou des arrondissements », précise Émilie Lord, relationniste au Ministère.
<p>Kathleen Gélinas</p>
D'autres préoccupations
Lors de la séance, plusieurs autres questionnements ont été soulevés. Ceux-ci portaient entre autres sur les coûts engendrés par tous les moyens pris pour informer la population à propos de la réforme.
« C'est de la pure propagande! » répond le conseiller Benoît Dionne.
Un citoyen a ensuite demandé pourquoi ce n'est pas le parti du maire qui paierait pour l'ensemble des dépenses provoquées par le processus d'information et de consultation, puisqu'il s'agit de son idée.
D'autres se demandaient si leurs commentaires allaient être pris en compte au moment du vote, le 3 mars.
« Les dés ne sont-ils pas déjà pipés? » questionnait un citoyen.
Quelques-uns craignaient une centralisation des services et déploraient le manque de structure de la réforme.
Certains sont même allés jusqu'à demander au maire de respecter le « statut rural » de Brompton au même titre que le statut bilingue de Lennoxville, dont l'arrondissement ne subira aucun changement.
La légalité de la proposition
En terminant, le fondateur du Regroupement contre la disparition de Brompton a remis en doute la légalité de la proposition de réforme du maire Sévigny.
« J'ai appris que pour gagner le vote sur la réduction du nombre d'arrondissements, le maire devra obtenir les deux tiers des appuis des élus et non pas la majorité simple. Est-ce vrai? » a demandé Pierre Meese.
« En effet », a répondu la conseillère Kathleen Gélinas en prenant compte des informations obtenues lors d'une récente formation juridique.