Le producteur agricole Guillaume Benoît.

Bio... sans logo!

Les produits biologiques sont réputés pour leurs vertus. Bons au goût et pour l'environnement, meilleurs pour la santé... Or, pour certains producteurs agricoles, ils sont plutôt source de bien des maux de tête.
La charge administrative et les coûts inhérents à la certification biologique en découragent plusieurs, qui lui préfèrent les termes écologiques ou naturels. Le coût de l'appellation, disent-ils, n'en vaut pas la chandelle.
Le producteur agricole, Guillaume Benoît, connaît de long en large les fonctions du cahier des charges, ce cahier où sont consignés tous les gestes des agriculteurs, ainsi que les critères à remplir pour la certification. Il a travaillé quatre ans comme gérant de l'une des plus grandes fermes biologiques du Québec.
Quand il a décidé de lancer son propre élevage de veau et de sanglochon à Ham-Sud, il a refusé de s'y soumettre.
« Le cahier des charges, même s'il a ses avantages, j'ai trouvé ça exigeant. Tout traitement qui a été fait, la quantité de fumier utilisée... Tout doit être noté. Sur ma ferme, je ne voulais pas être obligé de me justifier pour chaque chose que je fais », explique l'agriculteur de 29 ans, qui décrit sa ferme comme « écologique ».
Lors du Recensement agricole 2006 de Statistiques Canada, 11937 exploitations déclaraient des produits agricoles biologiques non certifiés, contre 3555 certifiées.
Si ce genre de données n'existe pas pour l'Estrie, il faut noter la stagnation du nombre de producteurs certifiés. Alors que les fermes biologiques augmentaient de 30 % à travers le Québec entre 2006 et 2012, celles en Estrie passaient de 130 à 136 entreprises certifiées.
Le propriétaire de la ferme écologique Coop d'Ulverton, Maurice Richard, se situe dans la catégorie des « écologiques ». Depuis 1978, il exploite sa ferme en produisant ses propres intrants et en refusant d'utiliser tout produit «icide».
« On a fait la démarche [de certification] en 2000 et ça a été une année un peu bordélique. C'était un peu avant que tout soit organisé et c'était vraiment une maison de fous à ce moment-là », décrit-il.
Depuis, il a abandonné l'idée, mais réfléchit à celle d'acquérir le logo Aliments Québec. « Ça nous suffirait », estime-t-il, dénonçant au passage le manque d'incitatifs gouvernementaux pour l'acquisition du logo BIO.
Une question de confiance
Contraintes administratives ou non, la certification a sa raison d'être. Le président de la Fédération d'agriculture biologique du Québec, Gérard Bouchard, y voit la preuve que le producteur a respecté toutes les règles, ainsi qu'une protection pour le consommateur.
« Il y en a la moitié qui se disent presque bio, ça a été galvaudé. Avec le temps, ça ne veut carrément rien dire, parce qu'il y a toujours la béquille de l'arrosage et des antibiotiques pour régler tes problèmes », juge-t-il.
Comme les autres, M. Bouchard avoue que la certification biologique génère beaucoup de dossiers. « Mais on s'habitue. C'est d'abord une question de conviction », assure-t-il.
À Bury, la relève potentielle de la ferme Bégin, Sylviane Bégin, l'admet également. « C'est beaucoup de paperasses, c'est important de tout garder. Ils peuvent te demander n'importe quelle facture », lance-t-elle.
Mais comme M. Bouchard, la certification lui offre une garantie qu'elle ne pourrait fournir autrement. « Je suis fière de dire que je suis biologique. On y croit aussi, au bio. C'est mon père qui a fait le move en premier, par souci environnemental », raconte-t-elle.
Pour ceux qui opèrent sans logo, c'est le lien de confiance avec les consommateurs qui fait office de garantie entre la terre et l'assiette. Autant M. Bouchard que M. Benoît ouvrent toutes grandes les portes de leur ferme.
« J'ai la philosophie bio, mais pas les contraintes. Mon but, c'est d'offrir une viande de qualité, saine et ce que je fais, c'est que j'invite mes clients à venir visiter ma ferme », atteste M. Benoît.
Même son de cloche du côté d'Ulverton, où la proximité agit là aussi comme sceau de qualité. « On a l'esprit bien en paix par rapport au cahier des charges. Les gens peuvent venir nous visiter et ceux qui achètent ont foi en notre technique de production », estime-t-il.