Le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, s'est prêté au jeu de la photo, même s'il n'aime pas les hauteurs.

Bernard Sévigny dans la grande roue de 2014

Dominic Tardif conclut sa série d'entrevues dans la grande roue du Marché de la Gare en compagnie de Bernard Sévigny (veuillez noter que l'entrevue a eu lieu quelques semaines avant Noël). Le maire de Sherbrooke explique pourquoi son projet de réduction du nombre d'élus lui tient tant à coeur.
«Est-ce qu'il faut vraiment faire l'entrevue dans la grande roue», demande Bernard Sévigny en s'étirant le cou pour contempler le manège illuminé. Ben, c'est comme un peu ça le concept. Pourquoi vous ne voulez pas faire l'entrevue dans la grande roue, monsieur le maire?C'est qu'il se trouve, chers amis, que Bernard Sévigny n'est pas exactement friand des hauteurs. Contrairement à son héros musical, Serge Fiori, le monsieur n'aime pas tellement, comme un sage, monter dans les nuages (du moins, pas littéralement). Expert négociateur (il sait concéder un peu de terrain pour arriver à ses fins), Bernard Sévigny accepte de grimper dans une nacelle et de se prêter au jeu de la photo, à condition que notre jasette à proprement parler se déroule à l'intérieur, dans la chaleur du Savoroso. D'où le sourire un brin forcé qu'il concède à l'objectif. Le monsieur ne trippait pas. Mais merci Bernard, t'es bon joueur!
Une fois redescendus au sol, j'offre la chance (inouïe) à notre maire de me convaincre de la nécessité et la pertinence de son projet de réduction du nombre d'élus, pierre angulaire de la plus récente plateforme électorale du Renouveau sherbrookois (son parti). J'ai du mal à m'enthousiasmer pour votre projet pour les mêmes raisons que j'ai du mal à m'en indigner comme s'indigne présentement le Mouvement Sherbrooke Démocratie, que je lui dis. Comprendre: une réforme de la gouvernance, ça ne me fait pas lever le poil sur les bras, pas plus que ça me fait grimper dans les rideaux. Je ne dis pas que je suis pour ou contre, juste que ça ne me fait ni chaud, ni froid, que j'ai besoin de plus pour m'émouvoir. Suis-je complètement fou d'espérer qu'un maire me fasse rêver en échafaudant de grands projets d'avenir? Vis-je en banlieue de l'utopie?
«L'objectif, c'est de donner plus au citoyen pour chaque dollar qu'il nous confie, plaide le maire. Se limiter à la réduction du nombre d'élus, ce serait un peu court. On passe de 19 à 12 élus, on économise 650 000$, mais ce n'est pas tout. C'est le signal qu'on envoie qui est important. On veut s'engager dans des réformes en profondeur. On a scruté service municipal par service municipal et on a regardé où il y a des économies à faire. Il se trouve qu'il a des millions à sauver en gaspillage. Quand en mai 2012, le conseil a refusé de s'administrer une réforme, ça a été extrêmement difficile de demander aux gestionnaires, aux fonctionnaires et aux employés de la Ville de faire eux aussi ces efforts-là. Ils se sont fermés comme une huître. "Pourquoi, nous, on se forcerait alors que les élus ne veulent pas s'administrer cette médecine?"»
Mais pourquoi tenez-vous mordicus à cette idée que le conseil municipal a déjà rejetée, comme vous le rappelez, une première fois en 2012? Excusez la psychologie à cinq cennes: vous ne seriez pas un peu orgueilleux, vous là? «Les fonds de pension, ce n'est pas une vue de l'esprit! On a emprunté, seulement au cours du dernier mandat, 72 millions pour financer une partie des déficits des caisses de retraite des employés. On n'imprime pas d'argent, vous savez. Je pourrais aussi monter les taxes de 12% et on n'en parlerait plus, mais ce ne serait pas très responsable.»
Vous seriez donc parfaitement à l'aise si votre héritage politique se résumait à une simple réforme de la gouvernance? Le maire Labeaume pourra se bomber le torse (et il ne manquera pas de le faire) en pointant son Colisée et vous pourrez vous vanter d'avoir... fusionné les arrondissements de Brompton et de Fleurimont? «Je ne le fais pas pour l'héritage politique. Et on en a des projets, d'autres projets: l'aéroport, l'incubateur technologique, relancer le centre-ville. La satisfaction que j'aurais, ce serait de laisser une ville qui est saine, dont les structures et les opérations sont optimisées, que les citoyens en aient pour leur argent. C'est l'héritage de quelqu'un qui est issu d'une faculté d'administration, j'en conviens, il n'y a rien de flamboyant là-dedans.»
Le personnage politique Bernard Sévigny tient tout entier dans cet aveu. Parce que Bernard Sévigny, malgré sa dégaine de quinqua cool qui cite les paroles d'une chanson de fun. lors de la cérémonie de clôture des Jeux du Canada, malgré son sens aigu des communications et malgré son charisme indéniable, demeure le professeur d'administration, d'abord et avant tout préoccupé par les chiffres, qu'il a été dans une précédente vie. Je n'écris pas que Bernard Sévigny ne rêve à rien, seulement que ce qui fait rêver Bernard Sévigny ressemble sans doute beaucoup à quelque chose comme un fichier Excel.
«J'ai trouvé ça ordinaire»
Vous voulez mettre Bernard Sévigny en colère (ou du moins avoir un aperçu de ce à quoi ressemblent les colères de Bernard Sévigny lorsqu'il se retrouve entre quatre murs avec ses conseillers, loin des micros des journalistes)? Parlez-lui du premier ministre du Canada, prénom Stephen. Le chef conservateur refusait en août dernier d'accorder quinze minutes à notre maire, qui voulait lui jaser dans le blanc des yeux de l'aéroport de Sherbrooke, d'où ne s'envolera aucun avion tant et aussi longtemps que le fédéral n'aura pas dit «oui, on le veut», peu importe qu'à Sherbrooke, tout le monde et sa mère appuient le projet.
«J'ai trouvé ça ordinaire, mettons, laisse tomber Sévigny. C'est sa façon d'être, j'imagine. Ça témoigne de la perception que peut avoir le premier ministre de la communauté de Sherbrooke. Pendant quatre ans, on a préparé ces Jeux-là, 6000 Sherbrookois se sont investis bénévolement, on a injecté 12 millions, la moindre des choses aurait été que le premier ministre accorde un quinze minutes au maire de la ville hôtesse. Il me semble que ça fait du sens. Ça dépasse l'entendement qu'il ait refusé, c'est inacceptable.»
Maintenant que nous nous connaissons bien, dites-moi monsieur le maire: vous arrive-t-il de partir dans la lune quand des citoyens s'éternisent au micro pendant les séances du conseil municipal? «Oh non! Quand je suis au conseil municipal, je suis assis sur le bout de mon siège et j'écoute. Quand j'étais conseiller, il m'arrivait parfois de penser à autre chose mais quand on est maire, on peut être interpellé à tous moments. Il n'y a rien de pire que d'avoir l'air fou devant les journalistes.»