Aucune famille ne se retrouve sans logis au lendemain de la grande opération de déménagement du 1er juillet à Sherbrooke. Cette bonne nouvelle en cache une moins bonne pour les propriétaires d'habitations locatives puisque le taux d'inoccupation des logements atteint 4,7 %.

Aucune famille laissée à la rue

Pour la première fois en 10 ans, aucune famille ne se retrouve sans logis au lendemain de la grande opération de déménagement du 1er juillet à Sherbrooke. Une bonne nouvelle qui en entraine une moins bonne alors que le taux d'inoccupation des logements grimpe à 4,7 %.
Si aucune famille ne doit se trouver de toute urgence un logement cette année, c'est dû à deux facteurs selon Normand Couture, porte-parole de l'Association des locataires de Sherbrooke.
« Premièrement, les propriétaires abaissent le coût de leur logement. Quand le taux d'inoccupation était plus bas, les gens refusaient d'accepter ceux qui défrayaient plus de 50 % de leur revenu pour se loger. Maintenant les propriétaires acceptent de courir le risque, même si les locataires risquent de ne pas payer. Deuxièmement, les gens déménagent beaucoup moins parce que le coût du déménagement, qui est d'environ 400 à 500 dollars, est supérieur à l'augmentation de loyer annoncée par le propriétaire bien souvent. »
Reste que cette nouvelle n'est que la pointe de l'iceberg. Un bien plus gros problème se cache sous les eaux qui semblent calmes.
Selon les statistiques de 2012, 7125 ménages défraient plus de 50 % de leur revenu seulement pour se loger, une augmentation de 12 % par rapport à 2006. Consacrer plus de 30 % de son revenu à son logement peut entrainer de graves difficultés financières selon M. Couture.
« On a vraiment besoin de logements sociaux. Le maire (Bernard) Sévigny a annoncé la construction d'une centaine par année à Sherbrooke, mais ça ne fait que répondre aux besoins urgents. À ce rythme-là, ça prendrait 70 ans pour régler le problème. C'est une des seules industries qui ne suit pas la logique de l'offre et la demande, c'est un non-sens et la crise se perpétue », ajoute-t-il.
Je perds, tu perds, on perd
Les propriétaires ont également leurs revendications, eux qui doivent composer avec une pénurie de locataires. Ils contredisent l'Association des locataires en présentant la construction de logements abordables comme un problème.
« On continue de rénover et de construire des logements AccèsLogis Québec au lieu de faire affaire avec les proprios qui sont ouverts à accueillir les locataires. Si on met tous les gens en besoin dans le même édifice, ce n'est pas nécessairement bon. On gagne à les placer dans différents édifices et aider les gens », indique Annie Lapointe, conseillère juridique pour le RPHL.
Toutefois, M. Couture n'est pas du même avis.
Avec une mesure comme ça, on ne règle pas le problème, on le retarde. Ce n'est pas payant pour le gouvernement d'aider les gens individuellement. C'est comme verser son argent dans un loyer, tu n'as rien au bout de ton investissement. C'est plus payant de construire des logements sociaux parce que c'est un actif qui reste. »