Difficile d'apposer une étiquette au travail de Pierre Fisette. Qu'on le dise artiste ou artisan, il reste surtout un autodidacte qui maîtrise l'art de récupérer les vieux matériaux. Ces deux bancs feront partie de la ligne qu'il compte lancer dans les prochains mois.

Artiste et artisan

« Il n'y a rien ici qui n'a pas été récupéré », lance l'artisan Pierre Fisette. Derrière lui, une maison vert lime encerclée d'une grande galerie, toute faite de bois qu'il a récupéré ailleurs. Sur les murs avant, deux de ses tableaux invitent les passants à s'arrêter. Un simple aperçu de ce qui se trame à l'intérieur des murs.
Cette résidence de la rue Dandeneault, à Lawrenceville, a déjà appartenu à la célèbre famille du même nom. Pierre Fisette l'a rachetée avant qu'elle ne tombe en complète désuétude. Depuis, il la retape à sa façon, en alliant sa créativité à la surprenante beauté des matériaux récupérés.« Avec le vieux, on arrive à faire des trucs un peu plus modernes, confie-t-il. Au début, si j'ai commencé comme ça, c'est parce que je n'avais pas les moyens de travailler avec autre chose. Aujourd'hui je ne voudrais travailler avec rien d'autre. »
Un style bien à lui
À l'intérieur de la maison, au premier étage, des vieilles planches de grange se mélangent à des matériaux comme la pierre, le fer forgé ou l'ardoise. Le style est hétéroclite, mais sa force est de réussir à former un tout. Comme si c'était naturel de mélanger « des vieux bancs d'un bar western pris au fin fond de Trois-Rivières » à une table rustique en bois.
Rien à voir les cuisines Ikea. « Tu prendrais du neuf et tu n'aurais jamais la même qualité à la fin », assure-t-il.
Son inspiration lui vient parfois en même temps qu'il découvre de « nouveaux » vieux objets. Comme cette palette industrielle en métal qu'il a reconvertie en table de salon en posant des roulettes dessous et une vitre sur le dessus.
D'autres idées prennent plus de temps à faire leur chemin. Lorsqu'il a repris la maison de la famille Dandeneault , Pierre Fisette ne savait pas encore ce qu'il voulait en faire. Dans la cour arrière, des tas attendent. L'artisan y pige de temps à autre, selon ce qu'il a envie de faire. « Ce sont des tas très méthodiques », sourit sa complice, Nathalie.
Bientôt sur le marché
Après des années à retaper les maisons qu'il achète ou celles des autres, Pierre Fisette lancera bientôt une ligne de meubles et d'objets à son nom. Des tabourets et des petits bancs faits de bois récupéré sont déjà en préparation. « Les bancs, ça faisait des années que je les avais en tête », dit-il.
Mais d'autres meubles se sont ajoutés au fil du temps. La table en palette industrielle fera aussi partie de sa ligne, tout comme ces casiers d'écoles qu'il a récupérés et qu'il compte métamorphoser.
En attendant, les plus curieux peuvent aller visiter ce qui est probablement « l'oeuvre » la plus (mé)connue de Pierre Fisette : Le Réfectoire du Centre d'Art de Richmond.
C'est lui qui l'a complètement retapé à partir de matériaux qu'il a trouvés à l'intérieur du Centre d'Art. Difficile à croire tellement cette pièce semble avoir une vieille âme. Mais c'est là la plus grande qualité du travail de Pierre Fisette : donner une deuxième vie à des objets qui, au départ, semblaient condamnés.